Bienheureux Aimilianos de Simonopetra – Les passions

© Monastère de la Sainte Transfiguration
© Monastère de la Sainte Transfiguration


Nos péchés et nos tentations, bien que mauvais, sont aussi une bonne chose. Ils sont des chemins qui nous conduisent vers Dieu. Ils nous offrent une expérience de la vie. Ils nous aident à nous sonder et à comprendre notre moi profond. Ils nous aident à nous connaître nous-mêmes ainsi que nos faiblesses. C’est pourquoi saint Antoine le Grand disait «Là où il n’y a pas de tentation, il n’y a pas de sauvés». Si nous enlevons des hommes toutes les tentations et si nous tuons le diable, personne ne sera sauvé. Pourquoi? Parce que l’homme n’aurait alors aucun moyen de devenir humble.

Nous sommes si orgueilleux qu’il faut que le poids du péché nous accable pour que nous puissions dire: Oh, je souffre, mon Dieu, viens-moi en aide !

La passion est terrible, la tentation est dangereuse; malgré tout, ne croyez pas que la totalité de nos péchés soit si immense qu’il soit si difficile et considérable de les éviter. Notre péché nous sépare de Dieu. Mais le péché n’est pas un géant invincible, donc les passions non plus. Le péché est en réalité timoré, c’est une ombre fugace. Comme le lièvre a peur et fait du bruit pour ressentir un peu de sécurité, de même, le péché a peur de moi; mais moi aussi j’ai peur de lui, c’est pourquoi je ne peux pas le rejeter.

Le péché essentiellement n’existe pas; la vertu existe, Dieu existe. Mon péché c’est ma couardise qui me conduit loin de Dieu. Le péché est sans fondement, il ne peut pas prédominer dans la volonté de l’homme. C’est un sombre symptôme du souci, du combat, de l’angoisse, de l’excessive liberté de l’homme, de son égoïsme. Disons ainsi que le péché est la respiration de l’homme qui s’idolâtre lui-même. Nous avons dit précédemment quelle était la respiration de l’homme qui collabore avec Dieu. Mais quand je me déclare moi-même dieu, alors c’est le péché qui devient ma respiration. Le péché s’éloigne immédiatement de moi quand je me souviens que je suis pécheur parce que, avec ce souvenir Dieu m’approche.

Il faut savoir que ce qui nous entoure n’est pas mauvais. Ni les pécheurs ni les hommes brutaux qui sont dans notre entourage ne peuvent nous nuire, pas même le diable, si moi je veux vaincre avec la grâce de Dieu. Mais il faut que les autres et moi-même comprenions que nous cohabitons dans la vie avec nos passions; parce que maintes fois, voyant que nous luttons une, deux, trois, cinq, dix fois sans réussir à vaincre nos passions, nous désespérons. Voyant les tentations, nous sommes emportés par une terrible lâcheté. Mais non ! Quand bien même tu lutterais mille ans pour vaincre ton péché, tu irais quand même au paradis parce que ta lutte montre que tu désires le paradis et Dieu nous donne ce que nous voulons. Donc, le problème n’est pas ce que je fais, mais ce que je veux ou la façon dont je me bats pour réussir.

N’aie donc pas peur et ne t’inquiète pas si tu vois que, aujourd’hui, tu es pécheur. Aujourd’hui, oui, je suis pécheur, mais je n’abandonne pas mon Dieu et je Le prie de m’aider. Qu’on le veuille ou non, dans notre Église, justes et pécheurs, nous vivrons côte à côte. Saints et passionnés cohabiteront. Mais il est possible que les saints tombent demain tandis que celui qui a des passions attire l’attention de Dieu et, demain, il est possible qu’il devienne saint.

Source : Archimandrite Aimilianos, les passions

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