
Le temps coule sans s’arrêter. Mon corps change et dépérit à vue d’œil, à mesure que j’avance en âge, et enfin il finit par disparaître. Le globe terrestre, comme son mouvement le démontre, semblable à une horloge que l’on aurait montée, décrit son éclipse dans l’espace infini avec une rapidité incroyable, comme s’il voulait arriver le plus vite possible à la fin de la route qui lui a été tracée dans l’immensité. Tout change, tout passe. Où donc se trouve l’immuable, le perpétuel ? Il se trouve dans la puissance qui met en mouvement toutes les choses et qui les dirige vers leur but respectif. Il se trouve dans l’origine, dans la cause première de tout ce qui a été crée avec tant de variété. Ce principe premier est simple; il n’est pas composé de parties, et par conséquent impérissable et éternel. Il est dans les esprits des anges et des hommes crées à l’image de la cause première. Tout le reste de ce qui nous entoure n’a pas plus d’existence qu’une bulle de savon. Si je m’exprime ainsi, ce n’est pas pour abaisser la grandeur de la création, mais pour fixer un point de comparaison entre le monde purement matériel et les esprits bienheureux.
Un jour viendra ou ces mains qui aiment à prendre tout ce qu’on leur donne, seront croisées sur la poitrine et ne prendront plus rien. Ces jambes et ces pieds qui aiment à marcher dans le mal et qui n’aiment pas rester debout ou à genoux pendant la prière, seront étendus pour l’éternité et ne feront plus un pas. Ces yeux qui aimaient à regarder avec envie le bonheur du prochain, se fermeront et leur feu s’éteindra pour toujours. Ces oreilles qui s’ouvrirent si souvent avec plaisir aux chatouillements de la médisance et de la calomnie, n’entendront plus rien; aucun tonnerre ne les réveillera plus. Elles n’entendront que la trompette de l’ange qui sonnera à la résurrection des morts, et alors notre corps impérissable sera ressuscité ou pour Ia résurrection de la vie ou pour Ia résurrection du jugement. (Jn 5,29). Que restera-t-il donc en nous de vivant après la mort, et quel doit être l’objet de toutes nos préoccupations pendant notre vie ? C’est cette partie de nous-même que nous appelons de notre vivant notre cœur, c’est-à-dire l’homme intérieur qui vit en nous, ou autrement notre âme, c’est elle qui doit être l’objet de nos soins. C’est votre cœur que vous devez purifier, pendant la durée de toute votre vie, afin que votre âme soit ensuite capable de voir Dieu. Quant à notre corps avec ses besoins, n’en prenez soin qu’autant que cela est nécessaire pour maintenir votre santé, vos forces physiques et la propreté. Tout devra subir la mort, tout sera emporté par la terre. Faites donc tout votre possible pour perfectionner en vous ce qui aime et ce qui hait, ce qui vous tranquillise et ce qui vous inquiète, ce qui vous réjouit et ce qui vous afflige. Perfectionnez votre cœur ou l’homme intérieur, le principe qui pense et qui réfléchit.
Le royaume de la vie et le royaume de la mort marchent l’un à côté de l’autre; je dis marchent, parce que j’emploie ce mot de royaume dans son sens spirituel. Le chef du premier, c’est-à-dire du royaume de la vie, est Jésus Christ, et celui qui est avec Lui se trouve indubitablement dans la région de la vie. Le chef du second, c’est-à-dire du royaume de la mort, est le prince de la puissance de l’air, le démon avec les esprits du mal qui lui obéissent et dont le nombre est si grand qu’il surpasse infiniment le nombre de tous les hommes qui habitent la terre. Ces enfants de la mort – les sujets du prince de l’air – font une guerre acharnée aux fils de la vie, c’est-à-dire aux chrétiens fidèles et usent de tous les artifices, de toute leur ruse pour les attirer à eux par la convoitise de la chair, par celle des yeux et par l’orgueil mondain; car c’est par l’effet de nos péchés, à moins que nous ne nous en repentions, que nous passons de leur côté. Quant à ceux pour lesquels le péché est pour ainsi dire un besoin de chaque jour, qui boivent l’iniquité comme de l’eau, l’esprit du mal ne s’en occupe pas, parce qu’il les tient déjà en son pouvoir, tant qu’ils vivent dans l’insouciance du bien de leurs âmes. Mais dès que ces pauvres coupables se tournent vers Dieu, dès qu’ils confessent leurs fautes volontaires et involontaires, oh ! alors la guerre éclate, les armées de Satan se soulèvent et commencent une lutte incessante ! Ce que je viens de dire vous montre combien il est indispensable de chercher Jésus Christ, le Chef de la vie, le Vainqueur de l’enfer et de la mort.
Que sera-t-il de nous dans l’autre vie, lorsque tout ce qui nous réjouit dans ce monde, la richesse, les honneurs, les plaisirs de la table, les vêtements, les demeures somptueuses et toutes les choses qui nous attirent auront disparu pour nous, lorsque tout cela ne sera pour nous qu’un rêve, et lorsqu’il nous sera demandé compte de nos actes de tempérance, de pureté, de douceur, d’humilité, de charité, de patience, d’obéissance, etc. ?
Limite probable imposée à l’existence du monde visible et particulièrement à celle de l’humanité. Le monde visible est, pour ainsi dire, le point d’appui des êtres corporels, afin qu’ils ne disparaissent pas dans l’immensité. L’Écriture sainte nous offre un témoignage plus exact et plus clair sur le monde visible que le monde visible lui-même ou la disposition des différentes couches de la terre. Les documents gravés par la nature dans les entrailles de la terre sont inertes et muets et n’expriment rien de précis. Où étais-tu, homme, quand je jetais les fondements de la terre ? Étais-tu auprès de Dieu lorsqu’Il érigeait l’univers ? Qui seconde l’Esprit du Seigneur ? Qui est entré dans son conseil ? Qui l’a conduit ? Et vous, ô géologues, vous vous vantez d’avoir mesuré l’esprit du Seigneur dans la formation des couches de la terre, et vous l’affirmez contrairement aux Écritures sacrées ! Vous ajoutez plus de foi aux lettres mortes des couches terrestres inanimées qu’aux paroles du grand prophète Moise qui a été inspiré de Dieu et qui a vu Dieu !
Source : Ma vie en Christ