
Une corde épaisse est faite à partir de fines fibres de chanvre. Un fine fibre ne peut ni te maintenir attaché ni t’étrangler. Car comme par jeu tu pourras la rompre facilement et t’en libérer. Mais si une corde épaisse te lie, elle te maintiendra lié et t’étouffera même. Tu ne pourras ni la rompre facilement ni t’en libérer. De même que la corde épaisse est formée de fibres fines et fragiles, de même les passions de l’homme sont formées de petits péchés initiaux. Du moins l’homme peut-il interrompre et abandonner les petits péchés initiaux. Mais de péché en péché, à répétition, le tissage devient de plus en plus solide jusqu’à ce que la passion prenne finalement corps, passion qui alors fait de l’homme une sorte de monstre dont elle seule est capable. Tu ne peux facilement ni la retrancher, ni t’en éloigner, ni t’en séparer. Oh ! si seulement les hommes pouvaient se garder des péchés initiaux ! Ils n’auraient pas alors à souffrir autant pour se libérer des passions.
« Retrancher les passions enracinées est aussi difficile que retrancher des doigts », disait un moine du Mont Athos. Pour se libérer des passions pécheresses, la pensée de la mort et, bien sûr, la grâce de Dieu – sans laquelle il est malaisé de se libérer des chaînes des passions – avaient aidé saint Émilien. Penser souvent à la mort proche, se repentir et implorer de Dieu la grâce toute-puissante, voilà trois choses qui sauvent l’homme de l’esclavage des passions. On demanda un jour à saint Sisoès combien de temps il fallait pour arracher les passions. Voici ce que le saint répondit : « Dès qu’une passion germe en toi, arrache-la aussitôt. »
Source : Prologue d’Ohrid