
…Suite de la deuxième partie
Lorsque l’islam émerge au VIIe siècle et commence à s’étendre vers l’ouest, pénétrant de manière menaçante dans l’Empire romain chrétien, les Pères de l’Église se trouvent confrontés à ce nouveau défi.
Nous identifions quatre phases dans la manière dont l’Église orthodoxe a abordé l’islam. La première phase s’étend du VIIIe siècle jusqu’au milieu du IXe siècle ; la deuxième, du milieu du IXe siècle au XIIIe siècle ; la troisième, du XIVe siècle au XVe siècle, marquée par la chute de l’Empire romain d’Orient et le début de l’occupation turque ; enfin, la quatrième phase, du XVe siècle au XIXe siècle, correspond à la période de domination turque. Voici quelques exemples illustrant ces phases.
Première phase (VIIIe siècle – milieu du IXe siècle) : l’islam vu comme une hérésie chrétienne.
Au cours de cette période, l’islam est fréquemment perçu par les Pères de l’Église comme une hérésie issue du christianisme, suscitant des réactions marquées par la moquerie et le dédain. Un exemple marquant est saint Jean Damascène, né et élevé à Damas, en Syrie, alors capitale du califat arabe. Son père, Sergios, occupait un poste de haut rang au sein de l’administration du califat, comparable à celui d’un ministre chargé de gérer les affaires des communautés chrétiennes sous domination, notamment en matière de collecte des impôts.
Dans ce contexte, saint Jean Damascène se familiarise avec l’islam et définit la première phase de son approche, le considérant comme une hérésie chrétienne. Il qualifie l’islam de « religion des Ismaélites, qui maintient les gens dans l’erreur » et de « précurseur de l’Antéchrist ». Les musulmans, qu’il appelle « Ismaélites » en référence à Ismaël, fils d’Abraham par Agar (et non par Sarah), sont également désignés comme « Agarènes » ou « Sarrasins », un terme dérivé de « déshérités par Sarah », en référence à la parole d’Agar à l’ange : « Sarah m’a chassée, déshéritée. »
Saint Jean Damascène s’oppose aux croyances des Ismaélites et qualifie le coran de « risible ». Concernant Mahomet, qu’il nomme « Mamed », il écrit que ce dernier a rédigé un livre, le coran, contenant des législations et des récits « dignes de moquerie ». Il évoque également le « verbiage » abondant du texte.
Dans son ouvrage, saint Jean Damascène recense certaines idées typiques du coran et rapporte des discussions qu’il a eues avec des musulmans. Selon lui, les Ismaélites étaient initialement idolâtres, adorant l’étoile Aphrodite. Lorsque Mahomet, qu’il décrit comme un « faux prophète », apparaît, il élabore « sa propre hérésie » après avoir lu l’Ancien et le Nouveau Testament et discuté avec un moine arien. Saint Jean semble ainsi considérer l’islam comme une déviation du Christianisme, influencée par l’arianisme.
Mahomet, selon cette perspective, enseigne que Dieu a tout créé, qu’Il n’a ni engendré ni été engendré. Le Christ est présenté comme la Parole et l’Esprit de Dieu, mais créé et serviteur, né de Marie, sœur de Moïse et d’Aaron, « sans semence ». La Parole et l’Esprit de Dieu seraient entrés en Marie, qui donna naissance à Jésus, prophète et serviteur de Dieu. Les Juifs, voulant crucifier Jésus, n’auraient crucifié que son ombre, car le Christ, selon cette croyance, n’a pas été crucifié, mais est mort, et Dieu, l’aimant, l’a rapproché de Lui au ciel. Saint Jean Damascène dénonce le « verbiage » du coran pour en souligner l’absurdité.
Il semble que saint Jean ait engagé un dialogue avec les musulmans de son temps, rapportant certaines questions qu’il leur posait et leurs réponses. Il note que les musulmans qualifiaient les chrétiens d’« hétéristes » (associateurs), les accusant d’associer un autre être à Dieu en proclamant le Christ comme Fils de Dieu et Dieu Lui-même. Ils reprochaient également aux chrétiens d’être idolâtres en raison de leur vénération de la Croix.
Deuxième phase (milieu du IXe siècle – XIIIe siècle) : une polémique agressive.
Cette période voit l’émergence d’une polémique vigoureuse contre l’islam, centrée à Constantinople. L’islam est désormais perçu comme une religion incohérente et une menace majeure pour l’Empire, en raison de ses incursions continues dans son territoire. Cette menace est abordée avec une certaine agressivité.
Un exemple représentatif est Nicétas de Byzance, surnommé « le philosophe » et « l’enseignant », contemporain de Photios le Grand et légèrement plus jeune que lui, probablement actif au IXe siècle. Nicétas est un apologiste qui s’oppose aux Arméniens, aux musulmans et aux Latins.
Nicétas rédige trois ouvrages contre l’islam. Le premier, intitulé Réfutation de la fausse Bible forgée par Mahomet l’Arabe, réfute certains chapitres du coran et plusieurs aspects de la religion musulmane. Le deuxième, Exposition positive de la doctrine chrétienne, développée à partir de concepts généraux par une méthode dialectique, des arguments rationnels et de multiples preuves syllogistiques, suivie d’une réfutation de la lettre envoyée par les Agarènes à l’empereur Michel, fils de Théophile, pour calomnier la foi chrétienne, défend la doctrine chrétienne tout en répondant à une lettre musulmane. Le troisième, Réponse et réfutation de la seconde lettre envoyée par les Agarènes à l’empereur Michel, fils de Théophile, mettant en doute la foi chrétienne, s’attaque à une autre missive musulmane, en abordant notamment la doctrine de la Sainte Trinité.
Dans son premier ouvrage, Nicétas adopte un ton virulent, dénonçant les « erreurs et mythes » de Mahomet. Il qualifie Mahomet d’« ignorant barbare » et utilise des termes comme « mythification », « paroles mythiques », « mythologie » ou « livre mythique » pour critiquer les croyances islamiques, qu’il attribue à des « barbares ». Il commence par exposer la doctrine orthodoxe avant de réfuter le contenu du coran. Parmi les points qu’il critique figurent les doctrines sur la Parole, l’idée que Dieu est la cause du péché, la croyance en un mariage après la résurrection, l’existence d’anges féminins, la primauté des anges, la conception d’un Dieu « tout-sphérique », l’exclusion des Ismaélites de l’alliance divine, la circoncision, le Dieu de Mahomet, ou encore l’arrogance de ce dernier. En conclusion, Nicétas affirme que son texte est « une gifle à l’impudent Mahomet, faux prophète, qui a proféré des paroles d’injustice ».
…À suivre dans la quatrième partie.
Une réflexion au sujet de « Les Pères de l’Église et l’islam | Partie 3 sur 4 | »