
Aujourd’hui perçue comme une fête commerciale célébrant la romance et la courtoisie occidentale moderne, la Saint-Valentin a largement perdu de vue ses origines chrétiennes anciennes. Pourtant, l’Église orthodoxe continue de commémorer les véritables fêtes liturgiques de Valentinos (en grec) / Valentinus (en latin), en l’honneur de deux saints chrétiens des premiers siècles : Saint Valentin, prêtre de Rome (6 juillet), et le hiéromartyr Valentin, évêque d’Interamna (Terni), en Italie (30 juillet).
Bien que les sources historiques sur ces deux figures soient incomplètes et que leur biographie ait été sujette à de nombreuses confusions au fil du temps, leur martyre est solidement attesté. Tous deux furent arrêtés, emprisonnés, torturés et finalement exécutés vers l’an 270, lors des persécutions menées contre les chrétiens sous l’empereur Claude II, parce qu’ils refusèrent de renier leur foi en Christ.
Le fait qu’ils portaient le même nom, vivaient à la même époque et dans la même région d’Italie centrale, et qu’ils connurent un destin semblable, a contribué à l’entremêlement de leurs histoires au fil des siècles. Cela a engendré de nombreuses incohérences et incertitudes dans les récits de leur vie. Cependant, la plupart des sources s’accordent sur certains points : Valentin, évêque d’Interamna, était renommé pour ses dons de guérison, en particulier auprès des malades et des aveugles, tandis que Valentin, prêtre de Rome, s’est illustré dans la mémoire des chrétiens—tant en Orient qu’en Occident—comme un ardent défenseur du mariage. Son lien avec le sacrement du mariage a inspiré, au fil du temps, les traditions littéraires du Moyen Âge tardif, qui aboutirent, au XIXe siècle, à la fête profane et populaire de la Saint-Valentin telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Selon le récit le plus répandu, Valentin, prêtre à Rome, provoqua la colère de l’empereur Claude en défiant l’interdiction impériale de marier les hommes qui n’avaient pas encore accompli leurs obligations militaires envers l’Empire. Animé par sa foi et son engagement moral, il refusa de sacrifier la sainteté du mariage aux exigences de l’État. Malgré l’édit impérial, il continua d’unir et de bénir des couples chrétiens auxquels le mariage était légalement interdit. Avec le temps, cette association avec les jeunes couples chrétiens donna lieu à une réinterprétation romantique de Saint Valentin en Occident, aboutissant à la fête moderne de la Saint-Valentin. Au fil des siècles, sa mémoire fut tellement altérée et entourée d’incertitudes que l’Église catholique romaine mit fin à sa commémoration liturgique en 1969, abandonnant ainsi son héritage historique à l’appropriation et à la commercialisation par la culture populaire occidentale.
Comme pour de nombreux autres saints, l’Église orthodoxe demeure inébranlable dans sa vénération de Saint Valentin. Tandis que la sécularisation en Occident a conduit le pape à reléguer sa mémoire face à la commercialisation et à la futilité, mais l’orthodoxie continue d’honorer Valentin, prêtre de Rome, pour son martyre. Fidèle à sa tradition, elle le reconnaît, comme tous ses saints, comme un modèle de vie en Christ.
Pour les chrétiens orthodoxes, la Saint-Valentin est avant tout une célébration de l’amour romantique et de l’amour divin. En effet, Valentin était prêt à sacrifier sa vie non pas pour l’Éros, mais pour sanctifier et unir pleinement les couples par la bénédiction de l’amour de Dieu. Manifester notre amour pour Dieu et trouver notre accomplissement en Christ à travers nos relations avec nos conjoints, nos familles et nos communautés est une manière de vivre qui est au cœur de l’orthodoxie. En vivant à l’image du Christ, Saint Valentin a partagé cette vérité fondamentale du christianisme orthodoxe avec le monde—une vérité plus belle et plus durable que les fleurs et les cartes : elle est éternelle.
Le Dr Alexandros K. Kyrou est professeur d’histoire à l’Université de Salem State, où il enseigne sur les Balkans, Byzance et l’Empire ottoman.
Source : blogs.goarch.org