
Il fallait pratiquer ceci sans omettre cela
(Lc 11, 42)
Il est ici question de la Loi et de la miséricorde. Dans l’âme des Pharisiens et des sectaires les deux ne figuraient pas, car ces derniers ne pouvaient en même temps observer les préceptes et faire œuvre de miséricorde mais se querellant pour savoir ce qui était le plus important des deux, ils omettaient l’un et accomplissaient l’autre. Les Pharisiens observaient les préceptes d’une manière formelle et stricte, mais délaissaient complètement les oeuvres de miséricorde et l’amour de l’homme. Les sectaires, quant à eux, étaient convaincus de détenir la justice de Dieu, mais rejetaient entièrement les préceptes de l’Église.
L’Orthodoxie représente la plénitude de la foi. Elle commande de pratiquer ceci et de ne pas omettre cela. Elle est attentive aux préceptes extérieurs de la foi, comme l’homme quand il marche au milieu de vases se garde de ne pas les briser. Mais elle est encore plus attentive à la justice et à la miséricorde de Dieu, comme I’homme qui, marchant au milieu de vases d’argile, les respecte et en prend soin non à cause de la terre dont les vases sont faits, mais à cause du précieux contenu qui est en eux. Les vases vides, qui ne sont jamais remplis d’aucun breuvage, sont sans valeur comme sont vides les formes pharisiennes de la Loi. Le breuvage qui, cependant, est versé dans le vent, se disperse et se perd, car il n’est pas versé dans les récipients faits pour lui.
Ainsi dans l’Orthodoxie il n’y a pas d’unilatéralité, comme il n’y en a pas eu non plus dans le Seigneur Jésus. Le Seigneur disait à Jean le Baptiste, qui était la justice et la miséricorde de Dieu même, qu’il fallait accomplir la Loi, et aux Pharisiens – les faux législateurs, sans la justice et la miséricorde de Dieu – Il disait: « Je veux la miséricorde et non les sacrifices! » Il est évident que ce qu’il fallait pratiquer est plus important que ce qu’il ne fallait pas omettre. Mais cela ne veut point dire que ce qui est moins important est inutile. Dans l’organisme de l’homme, il y a beaucoup d’organes plus ou moins importants, mais tous ensemble ils composent le corps humain.
Ô Seigneur, qui contiens tout, garde-nous de l’unilatéralité et aide-nous à accomplir toute Ta volonté. À Toi la gloire et la louange dans les siècles. Amen.
Source : Prologue d’Ohrid