
Par Saint Luc, Archevêque de Simféropol et de toute la Crimée
(Prononcé le 25 février 1945)
Le Grand Carême approche, une période de prière et de repentir, le temps le plus crucial de notre existence, car rien n’est plus fondamental pour l’âme chrétienne que le repentir et la prière.
Lorsque le Seigneur Jésus-Christ commença à prêcher, Ses premières paroles furent : « Repentez-vous ! » (Matthieu 4:17).
Il existe de nombreux actes humains grands et nobles, mais aucun n’égale en grandeur et en importance le repentir et la prière. Car dans la prière, l’esprit de l’homme entre en communion directe avec l’Esprit de Dieu. Celui dont la prière devient infiniment profonde et donc extrêmement efficace sait par expérience personnelle comment s’établit cette communication avec l’Esprit de Dieu. Il comprend alors que, par la prière, l’homme reçoit directement les instructions de Dieu et la véritable orientation de sa vie.
Il n’y a rien de plus essentiel que la prière. Mais précisément parce qu’elle est d’une importance capitale, elle est aussi l’une des œuvres les plus ardues, car plus une chose est précieuse, plus elle est difficile à accomplir. Par nos seuls efforts, nous sommes incapables d’en saisir toute la profondeur ni de prier d’une manière qui soit véritablement agréable à Dieu.
C’est pourquoi nous avons un besoin absolu de l’aide toute-puissante du Saint-Esprit dans cette œuvre sacrée. Comme le dit saint Paul dans son épître aux Romains : « L’Esprit nous aide dans notre faiblesse ; car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables. » (Romains 8:26).
Mais pour nous, pécheurs, qui sommes encore à un niveau spirituel si bas, il est difficile d’espérer atteindre une prière aussi élevée et pénétrante que celle des saints.
Nous devons au moins connaître les principes les plus fondamentaux de la prière. Dans la parabole du Publicain et du Pharisien, que vous avez entendue aujourd’hui, le Seigneur Jésus-Christ Lui-même nous enseigne comment il faut et comment il ne faut pas prier. Il ne faut pas prier à la manière du Pharisien. En quoi consistait sa prière ? En une auto-exaltation devant Dieu, en une glorification de ses propres vertus. Il rendait grâce non pour les bienfaits de Dieu, mais pour le fait qu’il se considérait comme supérieur aux autres. Il ne faisait que s’enorgueillir, remerciant Dieu non par humilité, mais pour ses propres mérites supposés.
Et le péager, le collecteur d’impôts, haï des hommes, se tenait humblement à l’écart, la tête baissée, répétant sans cesse : « Ô Dieu, sois miséricordieux envers moi, pécheur ! » (Luc 18:13).
Par cette prière, il a accompli la première béatitude : « Bienheureux les pauvres en esprit. » Il a manifesté une humilité spirituelle profonde, pleinement conscient de son indignité et de sa condition de pécheur. Il savait qu’il était faible et misérable aux yeux de Dieu, et son âme était habitée par un sentiment salvateur d’abaissement, une soif ardente de repentir. Dans son humilité, se jugeant indigne, il ne faisait que baisser les yeux, se frappant la poitrine et suppliant : « Ô Dieu, sois miséricordieux envers moi, pécheur ! »
Le Seigneur eut pitié de lui, car ce qui importe le plus aux yeux de Dieu, c’est un cœur humble et contrit, la conscience profonde de notre péché et de notre indignité.
« Dieu résiste aux orgueilleux, mais Il fait grâce aux humbles. » (1 Pierre 5:5). Ainsi, Dieu accorda Sa grâce à ce malheureux publicain qui s’humilia devant Lui, mais Il la retira du Pharisien gonflé d’orgueil.
Dieu s’oppose aux orgueilleux, car l’orgueil est la caractéristique même du diable, de Satan. Celui-ci est entièrement consumé par l’orgueil, et tous ceux qui s’enflent d’eux-mêmes lui ressemblent.
Le saint prophète Isaïe dit : « Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le Nom est saint : J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté, mais aussi avec l’homme contrit et humble d’esprit, pour ranimer les esprits humiliés et revigorer les cœurs contrits. » (Isaïe 57:15).
Le cœur du publicain fut vivifié par la grâce de Dieu, grâce à sa prière humble et repentante, et il quitta le temple plus justifié que le Pharisien.
La parabole ne dit pas que le Pharisien fut complètement condamné, mais qu’il partit moins justifié que le publicain.
Le Dieu juste nous récompense même pour le moindre mérite ; Il ne laisse aucune bonne action sans rétribution. Et même cette justice extérieure dont le Pharisien se glorifiait, cette stricte observance qu’il mettait en avant dans sa prière, le Seigneur la reconnaît et la récompense.
Mais voyez : ce Pharisien, maître du peuple d’Israël, enseignant de la piété, guide spirituel, s’est révélé, aux yeux de Dieu, bien inférieur au méprisé publicain, qui partit justifié grâce à son humilité et à son repentir.
Le publicain avait enfreint les commandements donnés par Moïse, mais il accomplit le commandement le plus important du Christ : il se revêtit de sainte humilité.
Le Pharisien, quant à lui, transgressa ce que le saint apôtre Paul enseigne dans son grand hymne à l’amour : « L’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil. » (1 Corinthiens 13:4). Or, lui, il s’enorgueillissait de sa justice et se considérait supérieur au publicain. Cela signifie qu’il était privé d’amour, et celui qui est privé d’amour est éloigné de Dieu. Sa prière révélait toute la laideur de l’autosatisfaction ; il se croyait juste et pur devant Dieu.
Et pourtant, tous les grands saints ne se sont jamais considérés comme justes. Ils se reconnaissaient profondément pécheurs et misérables devant la grandeur de Dieu. Ainsi en était-il du vénérable Séraphin, qui ne se désignait jamais autrement que comme « le pauvre Séraphin. »
Qui peut être plus grand que saint Jean Chrysostome, l’un des plus éminents saints et docteurs de l’Église ? Qui fut plus proche de Dieu et plus juste à Ses yeux ? Et pourtant, dans l’une de ses nombreuses prières, que nous lisons chaque soir, il s’adresse ainsi à Dieu : « Seigneur du ciel et de la terre, souviens-Toi de moi, Ton serviteur pécheur, froid et impur, dans Ton Royaume. »
Il se qualifie lui-même de froid et impur, mais Dieu l’a élevé et l’a placé parmi les premiers dans la communauté des justes.
Tous les prêtres et évêques expérimentés dans la confession savent qu’il y a parmi nous de nombreuses personnes semblables au Pharisien, prisonnières du vice de l’autosatisfaction spirituelle. Plus d’une fois, ils ont eu à confesser des personnes sur leur lit de mort, des fidèles assidus aux offices, observant tous les jeûnes et rites prescrits, mais incapables d’admettre la moindre faute. À chaque question, la réponse était : « Je n’ai péché en rien. »
N’est-ce pas là une attitude pharisaïque, l’exact opposé de celle dans laquelle ont vécu et sont morts tous les grands saints ? Ces malheureux n’ont jamais médité ces paroles du livre de Job : « Voici, Il ne se fie pas à Ses serviteurs, et Il trouve des défauts en Ses anges. » (Job 4:18).
Si Dieu trouve des défauts en Ses anges, que dire de nous ? Comment pourrions-nous prier comme le Pharisien ? Comment ne pas être remplis de l’humilité du publicain, dont la seule prière est celle qui nous convient : « Ô Dieu, sois miséricordieux envers moi, pécheur ! »
Que ce soit là notre prière durant tout le Grand Carême, et le Seigneur nous fera miséricorde, nous justifiera et nous accordera la grâce du Saint-Esprit.
Source : Azbyka.ru