
La photographie, tout comme l’iconographie, est un art qui transcende le visible pour révéler une réalité plus profonde. Si l’iconographe écrit l’image du sacré à travers les pigments et la tradition, le photographe d’église capture la lumière, l’architecture et l’atmosphère spirituelle pour témoigner de la beauté de la foi orthodoxe. Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’échanger avec Manos Papadomanolakis, dont le travail met en lumière la richesse du patrimoine orthodoxe en Crète. À travers son regard, nous découvrons comment la photographie peut devenir un véritable témoignage du sacré.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment vous êtes devenu photographe ?
Je suis né à Chania, en Crète, en 1972. Père de deux fils, j’ai remporté trois prix nationaux de photographie ainsi que deux prix dans des concours internationaux. Je pratique la photographie de manière professionnelle depuis 2005. Mon premier contact avec cet art remonte à environ 1990, j’ai participé à de nombreuses expositions collectives et présenté mon travail lors de plusieurs événements. Mon amour pour les voyages et la découverte de destinations inconnues m’a naturellement conduit à allier photographie et exploration.
Qu’est-ce qui vous a amené à photographier des églises orthodoxes en particulier ?
En 1998, j’ai entrepris pour la première fois d’explorer et d’immortaliser les églises byzantines de La Canée à travers la photographie, utilisant alors un film noir et blanc. De nombreuses années plus tard, en 2023, l’inspiration m’est revenue, accompagnée du désir profond de photographier cette fois l’ensemble des églises byzantines de Crète. C’est un projet exigeant, qui demande passion, patience et dévouement, car, comme vous le savez, la Crète est une île à la fois vaste et riche en histoire.
«Mon amour pour Dieu et ma foi m’ont conduit vers ces lieux sacrés, où, des siècles auparavant, les fidèles se rassemblaient pour prier avec ferveur et affermir leur foi.»
Je ressens une émotion profonde en me tenant dans ces mêmes églises que je photographie aujourd’hui, en réalisant qu’il y a des siècles, un artiste se trouvait là, insufflant vie à ces fresques et embellissant ces lieux de sa créativité et de sa dévotion.
L’iconographe peint avec des pigments, tandis que le photographe « peint » avec la lumière. Comment percevez-vous votre travail en tant que témoignage visuel du sacré ?
Mon objectif est de créer une atmosphère harmonieuse et respectueuse à l’intérieur de l’église, principalement en allumant des cierges et en évitant l’utilisation de la lumière extérieure excessive. Je veille à ne jamais utiliser de flash à l’intérieur, afin de préserver l’intégrité des fresques, qui sont d’une grande valeur artistique et spirituelle.
Lorsque vous photographiez une église, que cherchez-vous à capturer en priorité ? Est-ce l’architecture, l’atmosphère spirituelle, la lumière ?
C’est un mélange de plusieurs éléments. Je photographie avec un équipement professionnel Canon et j’utilise systématiquement un trépied pour garantir la meilleure qualité d’image possible. La lumière reste l’aspect le plus crucial, car c’est elle qui permet de restituer l’atmosphère unique des monuments religieux de la Crète.
Pensez-vous que la photographie peut, à sa manière, transmettre la même dimension spirituelle qu’une icône ?
Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais avec la bonne technique et la lumière appropriée, on peut plonger le spectateur dans cette époque et lui faire ressentir l’émerveillement et la dévotion chrétienne que dégagent les églises byzantines.

Quels sont les plus grands défis lorsqu’on photographie une église orthodoxe ? (Lumière, composition, respect du lieu…)
Avant tout, il est primordial de respecter ce lieu sacré, car ce respect en est la fondation. Une fois ce principe établi, viennent les autres éléments, tels que la lumière et la composition, qui permettent de sublimer et d’élever l’image à son plein potentiel.
Avez-vous des techniques spécifiques pour capter l’atmosphère sacrée d’une église ?
Il est essentiel de posséder d’excellentes connaissances en photographie. L’équipement professionnel joue également un rôle important, car il permet d’assurer une qualité optimale et de capturer les moindres détails, ce qui donne une richesse supplémentaire à l’image.
Y a-t-il un moment particulier de la journée où la lumière sublime davantage l’espace liturgique ?
À l’intérieur, je n’utilise pas de lumière artificielle, car la plupart des églises byzantines sont naturellement sombres. En revanche, pour les prises de vue extérieures, je privilégie souvent les journées nuageuses ou pluvieuses, afin de créer l’atmosphère dramatique et saisissante qui caractérise ce type de photographie.

Avez-vous une expérience marquante liée à la photographie d’église ? Une rencontre, un événement liturgique ?
Il n’y a pas d’événements liturgiques, car presque toutes les églises byzantines se trouvent à la campagne, laissées à l’abandon et à l’usure du temps. L’expérience réside dans la quête de ces églises, dans la difficulté à les découvrir, car elles sont souvent situées sur des chemins ruraux isolés, dans des villages abandonnés, dissimulées au cœur de la campagne crétoise.
Y a-t-il une église ou un monastère en Crète qui vous a particulièrement marqué par sa beauté et son atmosphère spirituelle ?
De nombreuses églises m’ont impressionné, principalement celles des 10e et 11e siècles. Parmi les plus impressionnantes, on trouve : L’Eglise de la Mère (Panagia) de Dieu a Fodèle, Héraclion, l’église de la Mère de Dieu (Panagia) à Stylo, Apokoronas, La Canée, Saint-Nicolas à Kyriakosellia, Apokoronas, Chania, et l’église de la Mère de Dieu (Panagia) à Kritsa, Lasithi. L’habileté de l’iconographe est également d’une grande importance, et pour moi, le plus important de tous est Ioannis Pagomenos, qui a principalement œuvré dans l’ouest de la Crète, en particulier dans l’ancienne région de Selino, à Chania.

À l’ère du numérique et des réseaux sociaux, pensez-vous que la photographie d’église a un rôle particulier dans la transmission de la foi orthodoxe ?
Les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans la découverte et la mise en valeur des églises byzantines de Crète, en leur offrant une plus grande visibilité, en contribuant à leur reconnaissance et en favorisant également le développement du tourisme religieux sur l’île.
Quel message ou quelle émotion souhaitez-vous transmettre à ceux qui regardent vos photos ?
Je recommande à ceux qui s’intéressent à mes photos de visiter ces magnifiques églises byzantines et de vivre l’émotion et la dévotion que j’y ressens. Je serai également heureux de les aider à les trouver et de leur indiquer celles qui sont ouvertes au public. Malheureusement, beaucoup d’entre elles sont fermées et requièrent une autorisation spéciale.
Avez-vous des projets à venir liés à la photographie d’église ?
Mon projet et mon désir sont de réaliser un album photo qui mette en valeur ces magnifiques églises byzantines.
Un dernier mot pour ceux qui aiment l’orthodoxie et la photographie ?
À tous ceux qui aiment notre Christ et notre orthodoxie, je leur conseille d’avoir une foi profonde et de mener une vie en Christ…
Contact Instagram : Manos.project
