Prières sur le lac (n°19) – Saint Nicolas Vélimirovitch

© Компас

En plein vacarme et en pleine dérision humaine,
ma prière s’élève vers Toi, ô mon Roi, ô mon Royaume !
La prière est de l’encens, qui sans cesse encense mon âme,
l’élève vers Toi et T’attire vers elle.

Penche-Toi, mon Roi, que je Te confie mon secret le plus cher,
ma prière la plus secrète, mon désir le plus priant.
Tu es l’objet de toutes mes prières, de tous mes souhaits.
Hormis Toi je ne souhaite rien ;
en vérité je ne souhaite rien que Toi.

Que puis-je requérir de Toi qui de Toi ne m’éloignerait ?
Être le maître de quelques astres ?
Ne vais-je pas régner sur tous les astres avec Toi ?
Être le premier parmi tous les hommes ?
Quelle honte pour moi
quand Tu me placeras à Ta table en dernière position !

Que des millions de bouches me fêtent ?
Quelle horreur pour moi
quand toutes ces bouches s’empliront de terre !
Que je m’entoure des choses les plus précieuses de la terre ?
Quelle humiliation pour moi
que ces choses me survivent
et qu’elles luisent tandis que l’obscurité de la terre remplira mes yeux !

Que Tu ne me sépares pas de mes amis ?
Ah ! Sépare-moi, Seigneur,
sépare-moi au plus vite de mes amis,
car ils sont le mur le plus épais qui soit entre Toi et moi !

« Pourquoi prier, demandent mes voisins,
puisque Dieu n’exauce pas les prières ? »
Et je leur dis :
« Votre prière n’est pas une prière,
mais une mendicité.
Vous priez Dieu pour qu’Il vous donne
non pas Dieu mais le diable.
C’est pourquoi la Sagesse céleste
ne reçoit pas les prières de votre langue. »

« Pourquoi prier, maugréent mes voisins,
puisque Dieu sait d’avance ce qu’il nous faut ? »
Et avec tristesse je réponds :
« En vérité, Dieu sait que vous n’avez besoin que de Lui seul.
À la porte de votre âme, Il attend pour entrer.
Par la prière, la porte s’ouvre
pour l’entrée du Roi majestueux.
Ne vous dites-vous pas l’un à l’autre à la porte :
“Je vous en prie, entrez” ? »

Dieu ne demande pas la gloire pour Lui, mais pour vous.
À Sa gloire, tous les mondes ne peuvent rien ajouter,
vous encore moins.
Votre prière vous célèbre vous, et non pas Dieu.
En Lui est la plénitude et la grâce.
Toutes les paroles bonnes
qui, par la prière, Lui sont adressées,
vous sont rendues doublement.

Ô mon Roi lumineux, mon Dieu,
Toi seul je prie et devant Toi je me prosterne.
Déverse-Toi en moi
comme le ruisseau tumultueux dans le sable assoiffé.
Pourvu que Tu te déverses, eau vivifiante,
et l’herbe alors poussera facilement sur le sable,
et les brebis blanches brouteront l’herbe.

Pourvu que Tu te déverses dans mon âme aride,
ô ma Vie, mon Salut !

Saint Nicolas Velimirovitch, prières sur le lac

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