Métropolite Séraphin (Joanta) d’Allemagne et d’Europe centrale – L’Esprit Saint dans la Tradition orthodoxe

© St Nicholas, Constantine & Helen Greek Orthodox Church

Par le métropolite Séraphin (Joanta) d’Allemagne et d’Europe centrale

Si nous cherchons à exprimer notre perception et notre expérience de l’Esprit Saint, nous constatons vite que les mots humains sont bien trop limités pour y parvenir. Toute tentative de systématisation verbale risque de nous confiner dans un univers abstrait et conceptuel, bien éloigné de la réalité d’une vie spirituelle vécue. C’est là la faiblesse de la théologie académique, qui peine à nous laisser porter par l’élan de l’ascèse et de la prière. C’est pourquoi le théologien russe Vladimir Lossky affirmait que, si les concepts théologiques sur Dieu sont certes précieux, il convient, après s’en être imprégné, de les mettre de côté pour ne pas enfermer Dieu dans des constructions mentales : « La lettre tue, mais l’Esprit vivifie » (2 Cor. 3:6). Nous savons également que « l’Esprit souffle où il veut » (Jn. 3:8), et nul ne peut lui imposer de limites.

Permettez-moi de dire quelques mots sur l’action de l’Esprit Saint dans l’Église orthodoxe et dans la vie des fidèles. Cette réalité est si centrale que saint Séraphim de Sarov, l’un des plus grands saints russes, enseignait : « Le véritable but de la vie chrétienne est l’acquisition de l’Esprit Saint. » Nicolas Afanassieff, éminent théologien de la diaspora russe et professeur à l’Institut Saint-Serge de Paris († 1966), a synthétisé ses recherches en ecclésiologie dans un ouvrage intitulé L’Église du Saint-Esprit. Ce titre, à lui seul, exprime avec une clarté saisissante une vérité fondamentale de l’Orthodoxie : notre Église est celle de l’Esprit Saint.

L’auteur a choisi ce titre car l’Église primitive se concevait comme une communauté eucharistique présidée par un évêque, par laquelle l’Église universelle se renouvelait sans cesse. L’Église célèbre l’Eucharistie comme un rassemblement des fidèles, et la communion au Corps et au Sang du Christ transforme les croyants en Église, qui est elle-même le Corps du Christ. Cette transformation mystique s’accomplit par l’Esprit Saint. Toute l’Eucharistie est empreinte de feu et d’Esprit, comme l’écrivait saint Ephrem le Syrien au IVe siècle. Les chrétiens orientaux accordent une importance particulière à l’Épiklèse, c’est-à-dire l’invocation de l’Esprit Saint sur les fidèles et les dons eucharistiques sous la forme du pain et du vin, afin qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ.

Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, l’Épiclèse s’exprime ainsi : « Nous t’offrons encore ce culte raisonnable et non sanglant, et nous te demandons, nous te prions et nous te supplions : Envoie ton Esprit Saint sur nous et sur ces dons ici offerts. Et fais de ce pain le Corps précieux de ton Christ. Et de ce qui est dans ce calice, le Sang précieux de ton Christ. Opérant ce changement par ton Esprit Saint. » En réalité, l’Eucharistie tout entière est une Épiklèse continue, qui culmine avec la consécration des dons et l’ajout d’eau tiède dans le saint calice avant la communion. Dans ce contexte, l’eau symbolise la foi empreinte de grâce.

Saint Ephrem le Syrien déclare : « Désormais, vous mangerez une Pâque pure et immaculée — un pain parfait, pétri et cuit par l’Esprit Saint, et un vin mêlé de feu et de l’Esprit. » L’Église orthodoxe est pleinement habitée par l’Esprit Saint, qui emplit tout de sa présence. Les sacrements de l’Église, les offices, les prières quotidiennes et les activités ecclésiales sont inspirés par l’Esprit Saint. Il agit en toutes choses dans l’Église. Ainsi, dans la tradition orthodoxe, la prière, qu’elle soit ecclésiale ou personnelle, commence toujours par une invocation de l’Esprit Saint, puis l’Esprit lui-même « intercède pour nous par des gémissements ineffables » (Rom. 8:26). La tradition de l’Église orientale n’a jamais exagéré le rôle du Fils de Dieu au détriment de l’Esprit Saint, mais a toujours considéré l’œuvre conjointe des trois Personnes de la Sainte Trinité. Presque toutes les prières de l’Église, qu’elles s’adressent au Père, au Fils, à l’Esprit Saint, à la Mère de Dieu ou aux saints, se concluent par une doxologie trinitaire : « Car à Toi appartiennent le Règne, la puissance et la gloire, du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. » La liturgie commence également par ces paroles : « Béni soit le Royaume du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. »

Saint Basile le Grand a dit : « Le chemin vers la connaissance de Dieu passe par la connaissance de l’Esprit Saint, à travers le Fils de Dieu, jusqu’au Père. La bonté, la sainteté et la dignité royale procèdent du Père par le Fils et parviennent à l’Esprit. » Et l’Esprit transmet tout cela aux fidèles. L’Esprit Saint est le porteur de la grâce trinitaire qui sanctifie toute la création. La tradition orthodoxe nomme le Père Créateur, le Fils Rédempteur et l’Esprit Saint Consolateur. L’Esprit Saint est la Personne la plus mystérieuse de la Sainte Trinité. Si le Père s’est révélé à travers le Fils, qui s’est fait homme visible aux yeux des hommes — « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn. 14:9) —, l’Esprit Saint, lui, ne s’est pas manifesté de manière visible.

Icône de saint Basile © Instagram – Theorthodoxway

Comme nous le savons, dans le Nouveau Testament, l’Esprit Saint s’est manifesté lors du baptême du Seigneur sous la forme d’une colombe, et à la Pentecôte, sous celle de langues de feu. Le théologien Vladimir Lossky affirmait que le visage de l’Esprit se reflète sur les visages des croyants qui aspirent à la sainteté. Le visage d’un homme saint est celui de l’Esprit, car c’est l’Esprit Saint qui sanctifie le croyant et imprime son visage en lui. Cependant, même si la sanctification est un don exclusif de l’Esprit Saint, celui-ci attend notre coopération à travers notre foi, notre quête de vertu et notre lutte contre le péché et les passions. Il s’agit d’une mystérieuse synergie entre l’Esprit et la volonté du croyant tout au long de sa vie : « Nous sommes collaborateurs de Dieu : vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu » (1 Cor. 3:9).

Ici, il convient de rappeler la maxime de la tradition ascétique : « Donne ton sang et reçois l’Esprit. » Ces paroles ne peuvent être comprises que par la foi, car il s’agit ici de la mort et de la résurrection de chacun d’entre nous, d’un changement d’esprit. L’apôtre Paul déclare : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éph. 2:8) ; « Car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Phil. 2:13). Dans la prière « Ô Roi céleste », l’Esprit Saint est appelé « le Donateur de vie », car la vie procède de lui, et c’est lui qui nous guide sur un chemin insondable vers la perfection. Le croyant commence peu à peu à percevoir l’action de la grâce dans tous les événements de sa vie, qu’ils soient grands ou petits, positifs ou négatifs. Il peut aussi discerner l’œuvre de l’Esprit Saint rétrospectivement, en repensant aux événements de sa vie dont il n’avait pas auparavant saisi la portée.

De plus, l’Esprit agit même lorsqu’une personne est dans un état de péché ou de passion, l’incitant au repentir et éveillant en elle la conscience du péché. C’est ainsi que le croyant comprend que Dieu est présent dans sa vie à travers l’œuvre mystérieuse de l’Esprit. Néanmoins, l’action de l’Esprit Saint dans l’âme humaine et dans le monde reste insondable. Dieu ne s’impose pas à nous afin de ne pas violer notre liberté. C’est à nous de faire des efforts pour réaliser que rien dans notre vie n’est le fruit du hasard, mais que la Providence divine régit tout. Il est crucial de lutter contre le péché de notre côté, car le péché éloigne la grâce de nos cœurs.

« Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en luttant contre le péché » (Héb. 12:4). Les Pères de l’Église insistent fortement sur l’importance de la vie ascétique dans le processus de salut, de sanctification ou de déification des personnes. Nul ne peut être sauvé sans sa propre contribution à ce processus mystérieux, dans lequel la grâce de Dieu agit en synergie avec la volonté du croyant. Cette grâce suscite en lui la conscience de l’importance d’observer les commandements ; cependant, elle n’opère qu’à la mesure où nous accomplissons ces commandements.

Saint Marc l’Ascète (IVe siècle) écrivait : « La grâce agit dans la mesure où nous accomplissons les commandements. La grâce ne cesse jamais de nous soutenir secrètement, mais c’est à nous qu’il appartient de faire le bien que nous avons la force de faire. »

Icône de saint Marc © Orthodox Christianity

Saint Siméon le Nouveau Théologien enseignait que nous sommes véritablement chrétiens dans la mesure où nous laissons la grâce du baptême agir en nous, en vivant selon les commandements divins. Chaque sacrement de l’Église nous confère une grâce particulière, destinée à servir l’Église. C’est ainsi que nous vivons : portés par la grâce et à travers elle, cette grâce qui éveille en nous la force de lutter toujours plus contre le péché. Car le péché voile le visage de Dieu en nous, nous conduisant à l’insensibilité et à la mort spirituelle.

Le péché représente la tragédie la plus profonde de la vie humaine et de l’univers tout entier. La chute d’Adam et Ève, nos premiers parents, a eu des conséquences cosmiques qui perdureront jusqu’à la fin des temps. Cette rupture se manifeste dans chaque vie et dans le monde qui nous entoure, par la destruction de l’harmonie que Dieu avait originellement instaurée dans la nature humaine et dans la création. Le terme grec « cosmos » (« κόσμος ») signifie précisément harmonie. L’apôtre Paul l’exprime ainsi : « La création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu » (Rom. 8:19). Les Pères de l’Église nomment le Christ le Nouvel Adam, car, étant sans péché, Il a récapitulé l’humanité entière dans sa nature humaine, restaurant l’harmonie originelle. L’essence du Christ est comme une semence d’où s’élève le levain de l’humanité. Ceux qui s’unissent à Lui peuvent transcender le péché, retrouvant ainsi l’harmonie perdue.

La sanctification du chrétien s’accomplit par la grâce de l’Esprit Saint, qui agit dans son âme, reçue au baptême et renouvelée par les sacrements de l’Église. Cependant, comme je l’ai déjà souligné, cette grâce n’opère pas sans notre participation, à travers notre foi et une vie ascétique conforme à nos capacités. Le cœur humain est une profondeur insondable, le sanctuaire intime de l’être. C’est là que la grâce de Dieu agit mystérieusement. Ainsi, la spiritualité orthodoxe cherche à sanctifier le cœur, car c’est par lui que l’ensemble de la personne est transformé. La prière est un voyage vers ce cœur. L’esprit, énergie du cœur, doit y descendre sans cesse dans la prière. C’est la seule voie pour empêcher les pensées de se disperser et pour goûter, ensuite, la paix et la joie, fruits précieux de la grâce.

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Bien sûr, se concentrer et ramener son esprit vers le cœur lors de la prière est, au début, une tâche loin d’être aisée, surtout pour ceux qui n’ont pas été formés à la pratique d’une prière prolongée. Notre esprit, habitué à être absorbé par les distractions du monde extérieur, peine à se recentrer. Lorsqu’on se dispose à prier, il est souvent difficile de fixer son attention sur le cœur. Il nous faut donc nous efforcer de prier. Les saints Pères, qui étaient expérimentés dans la prière, ont observé que le diable hait la prière plus que toute autre chose, et qu’il fait tout pour nous empêcher de prier d’un cœur pur. Chacun de nous sait combien il peut être difficile, parfois, de simplement se lever pour prier, et combien l’esprit est facilement distrait par des pensées étrangères. Il arrive que nous ne ressentions aucune paix intérieure ni aucune joie dans la prière. Les saints ascètes, conscients de ces obstacles, décrivent avec précision ces combats intérieurs comme l’œuvre du démon, qui sème constamment la confusion en nous. Le mot grec « diabolos » signifie « diviseur » — celui qui brise l’intégrité et l’harmonie par la confusion et la haine. Si l’ennemi de l’humanité œuvre à la division, l’Esprit Saint, lui, instaure l’harmonie et l’unité.

La prière doit s’accompagner d’une modération en toutes choses, notamment dans l’alimentation et la boisson. Le jeûne, pratique ancienne présente sous diverses formes dans toutes les religions, a été préservé par l’Église orthodoxe depuis les premiers siècles du christianisme, avec des périodes de jeûne réparties tout au long de l’année. Comme le dit l’Écriture, « tout votre esprit, votre âme et votre corps » (1 Thess. 5:23) sont engagés dans les pratiques spirituelles, de même que l’âme et l’esprit participent aux actions du corps. Les fidèles sont ainsi appelés à spiritualiser leur chair. Les Pères de l’Église enseignent que la gourmandise est la « mère de la convoitise ». Un mode de vie trop confortable affaiblit l’âme, éveillant sensualité et désirs charnels. C’est pourquoi ils insistent : on ne peut prier le cœur léger avec un estomac plein, car l’Esprit Saint ne peut habiter un cœur alourdi par les appétits corporels. Sans une discipline rigoureuse dans la nourriture, la boisson et d’autres efforts ascétiques, il est impossible de dompter les impulsions de la chair.

Saint Jean Climaque enseigne : « Celui qui pense pouvoir vaincre le démon de la luxure par la gourmandise est semblable à celui qui prétend éteindre un feu avec de l’huile. » Il écrit à propos du jeûne qu’il repousse les pensées mauvaises, libère des fantasmes, procure la santé du corps, le pardon des péchés et la joie. À l’inverse, la gourmandise engendre un flot de pensées et des vagues de passions impures. La Tradition orthodoxe ne méprise en rien le corps : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? (1 Co 6,19). Elle ne met pas en opposition l’âme et le corps, puisque tous deux sont appelés à la sanctification. Lorsqu’une personne vit dans le péché, la chair se rebelle contre l’esprit, comme s’il y avait en nous deux « lois » — une loi physique et une loi spirituelle — qui s’opposent l’une à l’autre. Mais la grâce de Dieu, par la prière et les efforts ascétiques, surmonte cette dualité et spiritualise la chair. Ainsi, la personne charnelle devient peu à peu spirituelle : c’est là le chemin de la transformation, qui est le but ultime.

La vie chrétienne, à l’image de celle du Sauveur, consiste à porter continuellement sa croix : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Lc 9,23). Pour suivre le Christ et porter sa croix chaque jour, il faut de la volonté, du courage, et la certitude que la résurrection est mystérieusement cachée dans cette croix. La Croix et la Résurrection sont si intimement liées qu’on ne peut les séparer. Pour le croyant, il n’y a pas de croix sans résurrection, tout comme il n’y a pas de résurrection sans croix. En portant fidèlement et volontairement sa croix chaque jour, le croyant meurt peu à peu au péché et goûte toujours plus intensément à la vie éternelle. Le but de porter notre croix est de nous libérer des passions et des désirs pécheurs qui nous enchaînent à ce monde, afin de faire naître en nous le désir du Royaume de Dieu.

Ainsi, dans les souffrances et les épreuves de la vie, nous prenons conscience de notre faiblesse et de notre impuissance, et nous nous remettons totalement entre les mains de Dieu notre Sauveur. « La croix elle-même est théologie », affirment les saints Pères. C’est là une vérité fondamentale de la foi.

En réalité, seule la croix — c’est-à-dire la souffrance acceptée dans la foi — unit véritablement le croyant au Christ. Dans la souffrance, l’homme découvre l’amour infini de Dieu pour lui et pour le monde. La souffrance remplit le cœur de componction, et la prière naît alors accompagnée de larmes de repentir. Dieu nous récompense par Sa consolation divine, plus douce que toutes les joies de ce monde. Elle nous donne la paix intérieure et le courage de poursuivre notre combat spirituel. Ainsi, la souffrance nous pousse à nous tourner vers Dieu, affine notre perception spirituelle, et conduit ultimement au salut.

Mais si une personne n’a pas la foi, elle perçoit la souffrance comme vide de sens et sans valeur salvifique. Peu comprennent le mystère de la souffrance. La plupart la rejettent, l’abordant avec amertume, voire dans une révolte contre Dieu. Et pourtant, même dans ces âmes blessées, la grâce de Dieu continue d’agir d’une manière mystérieuse et insondable. Nul ne peut être sauvé sans passer par la souffrance. Si elle est portée avec foi et espérance, elle devient la plus grande bénédiction que Dieu puisse accorder dans une vie.

© Walter Langley – Le matin porte la sagesse, mais certains cœurs restent brisés, 1882.

La prière, la vie ascétique, et surtout l’endurance humble et persévérante des souffrances et épreuves de la vie, que l’on appelle « porter sa croix », permettent d’acquérir un « cœur compatissant », comme le disait saint Isaac le Syrien. Un cœur compatissant, aimant et miséricordieux est le signe de la restauration de la nature humaine dans son intégrité originelle. Un tel cœur porte en lui l’unité de toute l’humanité et du cosmos. Tout vit dans le cœur compatissant — les hommes, les animaux, les plantes, la matière vivante comme inerte. Ainsi, le croyant devient semblable à Dieu. Comme le Christ, il n’est plus séparé de rien ni de personne, car il porte toutes choses en lui. Rien ne lui est plus extérieur ou étranger, et il n’est plus indifférent à rien. Il se sent responsable de chacun et de tout ce qui se passe dans l’humanité ainsi que dans l’univers. Une telle personne commence à percevoir ses semblables à travers les paroles de l’apôtre Paul : « Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres d’un seul corps, bien que nombreux, forment un seul corps » (1 Cor. 12:12). Le croyant qui a acquis un cœur compatissant se met résolument au service de son prochain — ce prochain en qui le Christ s’identifie Lui-même.

Lors du Jugement dernier, ce qui comptera avant tout, c’est la manière dont nous aurons servi les autres. Il est impossible de partager la souffrance d’autrui sans un cœur bon et compatissant. Or, cet état du cœur s’acquiert notamment à travers le service rendu aux autres. Car plus nous nous engageons auprès de nos frères, plus nous faisons le bien, plus l’amour grandit en nous. Servir son prochain, c’est être présent à ses côtés, l’aider là où il en a besoin, prier pour lui et l’accompagner sur le chemin du bien.

Les Pères du désert, même s’ils s’étaient retirés du monde pour atteindre la sainteté, estimaient le service rendu au prochain, en particulier aux malades, plus grand que la prière ou le jeûne. Dans le recueil des Apophtegmes des Pères du désert (chapitre 5, Sur l’amour), on lit cette parole :

« Un moine demanda à un ancien : “Père, si l’un des deux frères reste dans sa cellule en silence, jeûne toute la semaine et travaille durement chaque jour, et que l’autre soigne les malades avec zèle et dévotion, lequel sera le plus aimé de Dieu ?”

L’ancien répondit : “Celui qui reste dans sa cellule, prie beaucoup et jeûne six jours par semaine, mais qui n’a pas d’amour ni de compassion pour ses frères, ne pourra jamais être comparable à celui qui sert les malades.” »

Certains chrétiens, zélés dans la prière, se révèlent incapables de charité et de bonnes œuvres. Cela signifie que leur prière n’est pas encore descendue dans leur cœur pour le transformer. Il existe un réel danger de s’habituer à une prière formelle et superficielle, qui ne transforme ni ne pénètre le cœur, restant cantonnée aux lèvres ou à l’esprit. Nous devons tout faire pour éviter cela. L’Église orthodoxe est justement appelée l’Église du Saint-Esprit. Une vie spirituelle authentique est inspirée par l’Esprit Saint. L’Église ne peut exister sans règles ni canons, mais nous ne devons jamais oublier qu’ils nous ont été donnés pour faciliter l’action de l’Esprit. C’est un défi pour chaque croyant. L’Esprit Saint est si délicat et discret que, par respect pour notre liberté, il s’éloigne au moindre signe de résistance. Mais il revient dès que nous nous repentons et nous humilions. Amen.

Traduction de l’article : Orthodox Christianity

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