Metropolite Athanase de Limassol – Le Pharisaïsme

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Ayant promis hier, je dirai quelques mots sur le thème du pharisaïsme. Toutes ces choses que nous faisons — nos pèlerinages, nos cierges, nos veilles nocturnes, nos prières, nos jeûnes, nos actes de charité — tout ce que nous faisons dans notre vie, dans quel but et pour quelle raison le faisons-nous ? La réponse à cette question est très importante, car la justesse de notre vie spirituelle en dépend.

Permettez-moi de vous donner un exemple : je demande souvent aux enfants dans nos camps d’été : « Quel est le plus grand commandement de Dieu ? Quel est le commandement de Dieu le plus important, mes enfants ? » Et tous les enfants — tous sans exception — citent divers commandements : ne pas voler… ne pas mentir… ne pas être injuste envers son prochain… respecter ses parents… aimer son prochain… Cependant, aucun des enfants ne soupçonne que pas un seul de ces commandements n’est le premier commandement de Dieu. Je suspecte que la même méconnaissance prévaut probablement parmi la plupart des adultes.

Le premier et unique commandement de Dieu — tous les autres découlent en réalité de celui-ci — est d’aimer Dieu de tout son cœur. Le Christ Lui-même a dit que le premier commandement est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force : c’est le premier commandement. » (Marc 12:30)

Et un second commandement, semblable au premier — qui jaillit du premier — est celui qui dit : tu aimeras ton prochain. Tout le reste découle de ces deux commandements. Si tu aimes ton prochain, tu ne le voleras pas, tu ne lui mentiras pas, tu ne seras pas injuste envers lui, tu ne prendras pas ses biens, tu ne convoiteras pas sa femme, tu ne troubleras pas la paix de sa maison, tu ne le jugeras pas… Voilà ce que signifie : « cela découle du premier commandement ».

Aimer son prochain est également le fruit du premier commandement. Si vous aimez véritablement Dieu, il est impossible de ne pas aimer votre prochain. Ainsi, le premier et unique commandement de Dieu est d’aimer Dieu Lui-même de tout notre cœur. Et tout ce que nous faisons à l’église a précisément ce but. C’est pourquoi nous partons en pèlerinage, nous jeûnons, nous prions, nous nous confessons, nous allumons des cierges, nous lisons les vies des saints… C’est notre manière d’aimer le Christ.

Alors, où est notre erreur ? L’erreur réside dans le fait que, malheureusement, nous disons que nous faisons toutes ces choses juste pour devenir de meilleures personnes… et c’est là que réside la grande illusion. C’est l’obstacle sur lequel nous trébuchons tous. Car, si le but de l’Église était simplement de faire de nous de meilleures personnes, il n’y aurait aucun besoin d’une relation personnelle avec le Christ, ni même de Sa venue dans le monde. Pourquoi pensez-vous que nous ne parvenons pas à comprendre les saints ? Ou, pour le dire plus simplement, pourquoi ne pouvons-nous pas comprendre ceux qui aiment Dieu ?

Nous nous demandons souvent s’il est nécessaire d’accomplir certains actes pour être sauvés, pour être proches de Dieu. Est-il nécessaire, par exemple, de partir vivre dans les montagnes ou dans le désert, comme l’ont fait certains saints ? Bien sûr que non. Si nous pouvions comprendre que notre relation avec Dieu ne vise pas seulement le salut, mais qu’il s’agit d’une relation d’amour, alors seulement nous comprendrions les saints et pourquoi ils ont fait ce qu’ils ont fait (des choses souvent incompréhensibles par la raison). Car l’amour transcende la logique. Même l’amour profane — la manière dont une personne aime une autre personne —, par exemple lorsqu’un homme veut se marier, il aime la jeune femme qu’il va épouser, et il en va de même pour elle. Ils font alors des choses qui semblent totalement irrationnelles. Si, par exemple, vous demandiez à l’un ou à l’autre qui est la plus belle ou le plus beau au monde, ils répondraient probablement que c’est leur bien-aimé(e). Naturellement, ils se regardent à travers leurs propres yeux… Nos yeux, eux, voient quelque chose de totalement différent… La future mariée décrira son fiancé avec les mots les plus admiratifs. Elle ne voit en lui aucun défaut, aucune faute… elle ne peut rien voir de négatif, car l’amour transcende toutes ces choses. Et, bien sûr, il en va de même pour le futur marié.

L’amour est au-dessus de la logique. C’est ainsi qu’est l’amour de Dieu. L’amour de Dieu dépasse la logique humaine. C’est pourquoi nous ne pouvons pas juger ceux qui aiment Dieu avec des critères logiques. C’est pourquoi les saints agissaient selon une logique qui leur était propre ; ils avaient une logique différente, qui n’était pas celle des hommes, car leur logique était celle de l’amour. Ainsi, l’Église ne nous enseigne pas seulement à devenir de bonnes personnes, pas du tout. Il est bien sûr naturel que nous devions devenir de bonnes personnes, car si nous n’y parvenons pas, qu’avons-nous accompli ? Notre Église nous enseigne avant tout à aimer le Christ, à aimer la personne de notre Seigneur Jésus-Christ.

À l’intérieur de l’Église, une relation se développe. C’est une relation personnelle entre l’homme et le Christ ; non pas avec l’enseignement du Christ, ni avec l’Évangile. L’Évangile est quelque chose qui nous aide à atteindre le point d’aimer le Christ. Lorsque nous atteignons ce point où nous aimons véritablement le Christ, l’Évangile « ne sera plus nécessaire ». Rien ne sera plus nécessaire… tout cela cessera… seule la relation de l’homme avec Dieu demeurera. C’est la différence entre l’Église et la religion.

La religion, dans son sens étroit, nous pousse à accomplir des devoirs, comme le faisaient les idolâtres. Prenons un exemple : imaginons que nous visitions nos lieux de pèlerinage, que nous y rendions hommage, déposions une offrande dans la boîte de charité, allumions des cierges, apportions de l’huile ou présentions nos prières, nos noms, notre pain d’offrande — tout cela. Ces gestes sont des actes religieux, mais si notre cœur reste inchangé, à quoi bon ? Une fois ces obligations accomplies, nous redevenons tels que nous étions : prompts à critiquer autrui, enclins à nous plaindre, prêts à retomber dans l’amertume d’avant. Notre cœur n’a pas bougé d’un iota. Ainsi, nous n’établissons pas de véritable relation avec le Christ, car nous nous contentons de remplir des devoirs — de simples devoirs religieux.

Et vous devez savoir que de telles personnes — vous savez, les personnes « religieuses » — peuvent devenir les plus dangereuses au sein de l’Église. Que Dieu nous en protège… Une fois, alors que j’officiais dans une église et que nous récitions les mots « Seigneur, sauve les pieux… », un moine de la Sainte Montagne fit cette remarque, à la fois sérieuse et ironique : « Seigneur, sauve-nous des pieux… » En d’autres termes, que Dieu nous protège de ces types « religieux », car leur comportement implique souvent une personnalité déformée, qui n’a jamais eu de relation personnelle avec Dieu. Ces personnes se contentent d’accomplir leurs devoirs envers Lui, sans qu’aucune relation sérieuse ne soit impliquée, et c’est pourquoi Dieu ne dit rien à propos de ce type de personnes. Et je dois confesser, d’après ma propre expérience, que je n’ai jamais vu de pires ennemis de l’Église que ce type de « personnes religieuses ».

Chaque fois que les enfants de personnes religieuses, de prêtres ou de théologiens — ou même de ceux qui, dans l’Église, se comportent comme des théologiens avec un air d’importance — cherchaient à devenir moines ou prêtres, leurs parents se montraient pires que des démons. Ils s’emportaient contre tout le monde. Je me souviens de parents qui amenaient leurs enfants à nos homélies, et lorsque leur enfant progressait spirituellement, ils devenaient les pires de tous, trouvant des défauts à chacun. Je leur disais : « Mais c’est vous qui avez amené votre enfant à l’homélie, pas moi… » Une autre fois, j’ai dit à un père dont je voyais que sa fille avait un zèle pour l’Église : « Faites attention à ne plus l’amener à aucune homélie. Ne la laissez pas venir me parler, car votre fille risque de devenir religieuse, et après, vous direz que c’est ma faute. » Il m’a répondu : « Oh non, mon père, loin de là ! Nous vous admirons ! » Sa fille est bel et bien devenue moniale… Voilà maintenant sept ans, et il ne m’adresse toujours pas la parole.

Les gens qui ne manquaient jamais une homélie, ceux qui étaient toujours les premiers à arriver aux homélies, aux veilles nocturnes, aux études bibliques… emmenaient aussi leurs enfants. Mais lorsque ces enfants, arrivés à l’âge du discernement, prenaient librement une décision pour leur vie — choisissant un chemin radical, comme celui du monachisme — alors ces mêmes parents basculaient dans l’extrême opposé. Ils prouvaient ainsi que le Christ n’avait jamais vraiment parlé à leur cœur. Ils n’étaient, au fond, que des « gens religieux ». C’est pourquoi les personnes religieuses sont les plus difficiles dans l’Église. Car, en vérité, ces personnes-là ne changeront souvent jamais : elles sont convaincues d’être proches de Dieu, alors qu’il n’en est rien.

Les pécheurs, en revanche — les « perdants », pour ainsi dire —, eux, au moins, sont conscients de leur nature pécheresse. C’est pourquoi le Christ a dit que les publicains et les prostituées entreront dans le Royaume de Dieu, tandis qu’aux pharisiens, Il a déclaré : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi » (Matthieu 15:8). Ils se contentaient de respecter les rites religieux.

Par conséquent, nous devons tous être très attentifs et comprendre que l’Église est un hôpital qui nous guérit et nous aide à aimer le Christ. Cet amour pour le Christ est une flamme qui s’allume dans notre cœur, nous permettant d’examiner si nous sommes véritablement dans l’amour de Dieu. Si, en nous regardant, nous découvrons toutes sortes de méchancetés, d’égoïsmes, de duretés, alors nous devons nous inquiéter — car il est impossible que le Christ habite un cœur rempli d’amertume. Comment peux-tu prier et, en même temps, être rempli de rancunes envers ton frère ? Comment peux-tu lire l’Évangile et ne pas accepter ton prochain ? Comment peux-tu être dans l’Église depuis tant d’années — que ce soit comme moine, prêtre ou fidèle — et ne pas vivre ce qui est l’alpha et l’oméga de notre foi : l’amour ? Où est la patience envers ton frère ? Sans embrasser le véritable amour, nous n’avons absolument rien accompli.

Nous voyons comment le Christ en est venu à dire à ces vierges qu’Il n’avait rien à faire avec elles. Il les a chassées de la salle des noces, bien qu’elles possédaient toutes les vertus ; ce qui leur manquait, c’était l’amour. C’est comme s’Il leur disait : « Vous avez peut-être des vertus extérieures, vous êtes restées vierges, vous avez accompli mille choses… mais vous n’avez pas atteint l’essence de ce qui est le plus important. » À quoi bon se demander si je consomme de l’huile d’olive aujourd’hui ou non ? Je peux, par exemple, jeûner et m’abstenir d’huile d’olive, mais « dévorer » mon frère du matin au soir… Sur la Sainte Montagne on disait : « Ne me demande pas si je mange du poisson ; tant qu’on ne mange pas le pêcheur, on peut manger du poisson » ; ou encore : « Tant que tu ne dévores pas le porteur d’huile, tu peux consommer une goutte d’huile d’olive. » « Dévorer » quelqu’un avec une langue acérée est bien pire que de consommer une cuillerée d’huile d’olive. Et pourtant, nous nous focalisons sur ces détails :  » nous consommons de l’huile, nous n’en consommons pas ; nous mangeons du poisson, nous n’en mangeons pas… »

On voit bien à quel point toutes ces choses deviennent ridicules, et comment les démons se moquent de nous — tout comme ceux qui sont en dehors de l’Église. Et lorsque des personnes étrangères à la mentalité orthodoxe s’approchent de nous, au lieu de voir en nous des êtres transformés par le Christ — des personnes douces, mûres, équilibrées, accomplies, habitées par une paix intérieure — que voient-ils ? Ils nous voient dominés par nos passions, rongés par notre aigreur… Et ils finissent par dire, inévitablement : « Quoi ? Devenir comme eux ? Non merci ! »

Toi qui fréquentes l’Église, dis-moi ce que l’Église t’a apporté. Tu as visité plusieurs lieux de pèlerinage, tu as rencontré les pères, tu as vénéré les saintes reliques, tu es allé au Mont Athos, tu as vénéré la Sainte Mère à l’île de Tinos. Quel a été le véritable fruit de toutes ces expériences ? Ton cœur a-t-il été transformé ? Es-tu devenu plus humble ? Plus doux ? Plus paisible dans ta maison, ta famille, ton monastère ? Ou sur ton lieu de travail ? C’est cela qui compte vraiment. Si nous n’avons pas atteint ces choses, cherchons au moins à devenir plus humbles, avec une repentance sincère. Et si nous n’y parvenons pas non plus, alors nous sommes dignes de nombreuses larmes — nous sommes véritablement dignes de pitié…

Lorsqu’on lui demandait combien d’années il avait passées sur le Mont Athos, l’Ancien Païsios répondait : « Je suis arrivé ici la même année que le mulet de mon voisin. » (Son voisin, le vieux Zitos, possédait un mulet — vous savez, chaque cellule du Mont Athos a un animal, un mulet, pour transporter les charges. Ces bêtes ont une longue durée de vie ; on n’achète pas un mulet tous les jours, c’est trop cher.) « Eh bien, l’année où je suis venu ici, sur la Sainte Montagne, mon voisin a acheté son mulet. Nous avons donc le même nombre d’années sur le Mont Athos, et pourtant cette pauvre bête est restée un mulet… et moi aussi. Je n’ai pas changé du tout. »

Ainsi, nous disons souvent : « Cela fait quarante ans que je suis ici » ; et nous, prêtres et moines, avons tendance à dire ces mots : « Cela fait quarante ans que je suis au monastère. » Mais ce que nous ne réalisons pas, c’est que toutes ces années ne plaident pas en notre faveur. Dieu nous dira : « Quarante ans, et tu n’as toujours pas réussi à devenir quelqu’un ? Tu es encore en colère après quarante ans, tu critiques encore, tu contredis encore, tu résistes encore, tu ne te soumets toujours pas à ton Ancien ? Tu as eu quarante ans, et tu n’as toujours pas appris la première leçon de la vie monastique et de la vie chrétienne. Que vais-je faire de tes années ? Que vais-je faire de toi, si après cinquante ans de confessions fréquentes, tu ne peux toujours pas répondre à autrui par une parole bienveillante ? À quoi Me servent toutes ces choses ? »

Toutes ces choses se retournent contre nous. Et tout ce que je dis là, je me le dis d’abord à moi-même. Car cela me concerne en premier. Et si je vous en parle, c’est parce que je le sais par ma propre expérience (vous pensez peut-être que je parle de vous, mais non, je parle d’abord de moi-même). Nous devons réfléchir à ces choses pour, au moins, nous humilier ; gardons la bouche close, car tous ces comportements dictés par l’ego nous ridiculisent et nous font paraître insensés devant le Seigneur.

Si nous nous humilions et cessons de nous croire supérieurs, peut-être alors pourrons-nous commencer à nous corriger, peu à peu, à travers une vraie repentance, qui naît de la véritable humilité. Celui qui ne cherche pas à se justifier se repent véritablement. Celui qui passe son temps à se justifier, lui, ne se repentira jamais ; et celui qui, intérieurement ou extérieurement, s’excuse toujours, n’apprendra jamais ce qu’est la repentance. C’est pourquoi nous devons toujours nous examiner. Comme le dit l’Apôtre, mettons-nous à l’épreuve pour voir s’il y a en nous de l’amour pour Dieu, si nous vivons dans un esprit de repentance, afin que Dieu puisse guérir notre être ; car c’est cette relation à l’Église qui peut nous soigner, pour que nous devenions des êtres libérés de leurs passions et de leurs péchés.

Beaucoup se demandent comment atteindre cela. Comment y parvenir ? Eh bien, en nous abandonnant entre les mains du bon Médecin—Dieu. En nous remettant à Lui avec confiance. Car dans toutes les circonstances de la vie, dans les épreuves, Dieu sait ce qui est le meilleur pour chacun, et Il nous fera passer, avec le temps, par les chemins qui nous perfectionneront. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous livrer à Dieu avec foi, comme on confie sa vie à un médecin ou à un capitaine de navire. On fait confiance. Il nous guide, et nous n’avons pas à nous inquiéter ni de la destination ni de l’heure d’arrivée : nous savons que celui qui tient la barre veille, connaît la route et agit avec soin.

Un autre point important que je voudrais approfondir avec vous (aussi parce que certains d’entre vous m’en ont fait la demande), c’est celui du temps.

Avez-vous remarqué, durant ces jours passés sur ce bateau, comme nous étions débarrassés de toute distraction extérieure ? Rien ne captait notre attention comme la télévision à la maison, par exemple. Avez-vous vu combien de temps nous avions à notre disposition ? Nous avons même eu le temps de discuter entre nous. Vous qui êtes mariés, vous avez pu parler l’un avec l’autre. Les enfants ont joué ensemble, ils ont parlé entre eux, et nous avons eu beaucoup de temps pour nous-mêmes, pour communiquer les uns avec les autres — et cela, c’est l’élément le plus important : que nous ayons pu communiquer. Le plus tragique, c’est que chez nous, chacun reste planté devant la télévision, et personne ne parle à personne. Le temps passe, et il n’y a plus de communication entre les gens. Et pire encore que le temps perdu, ce sont les programmes que l’on regarde ! Ce sont des sources de corruption pour nous, pour nos enfants, pour nos âmes.

Un jour, alors que nous avions débarqué et que nous marchions, je suis passé devant un petit café, et il y avait une télévision allumée. Personne ne la regardait vraiment, mais elle restait allumée. Alors je me suis arrêté un moment pour voir ce qu’il diffusait : c’était, je suppose, ce genre de scènes où certains poursuivent d’autres, des poursuites sans fin, avec des armes, des balles, des voitures, des explosions, des sauts d’une maison à l’autre, etc. Eh bien, ce sont ces choses-là que vos enfants, vos jeunes enfants, regardent. Tant de violence… Et je ne parle même pas des obscénités que l’on entend, qui ont même perverti des personnes âgées. J’entends parler de ces choses en confession. Des personnes âgées, très âgées, par ailleurs très respectables, ont été corrompu par la télévision, par toute cette vulgarité à laquelle elles sont exposées chaque jour. Je ne fais pas référence à ce préjudice spécifique pour le moment ; je parle de tout le reste — de toute cette violence que la télévision projette. Nos enfants s’habituent à la violence et, naturellement, deviennent indisciplinés et désobéissants ; ils font des choses totalement étrangères à leur nature humaine.

Avez-vous idée de l’image désolante que représente un jeune enfant imitant les adultes ? Ces enfants imitent les grandes personnes et perdent leur innocence enfantine. Parfois, lorsque je suis invité à un événement, on amène de tout petits enfants et on leur demande de danser. Et vous voyez ces petites filles ou garçons, de dix ou douze ans, pleins d’innocence, reproduire des mouvements de danse qu’ils ont vus chez des hommes et des femmes adultes, des gestes totalement inappropriés, empreints d’une moralité tout autre. On peut littéralement voir comment ces enfants sont dénaturés, en imitant les adultes qu’ils regardent à la télévision. Ils s’adonnent aussi à toutes sortes d’activités et se divertissent avec des choix néfastes. Et je ne dis pas cela uniquement d’un point de vue spirituel, mais sous tous les aspects : psychologique, social et familial.

Gardez vos enfants aussi loin que possible de ces choses. Aidez-les à ne pas dépendre de la télévision, car ils seront submergés d’images obscènes, tout comme vous. Si vous interdisez à vos enfants de regarder des films inappropriés, mais que vous, adulte, le faites, à quoi bon ? Et que dire de ces avertissements ridicules affichés à l’écran, indiquant qu’un film n’est pas adapté aux moins de 17 ou 13 ans ? Cela signifie-t-il que, dès qu’ils atteignent 13 ans, ces images deviennent appropriées ? Bien sûr, ces avertissements ne font qu’éveiller la curiosité des jeunes, et chacun d’eux finira inévitablement par regarder le film. Ils se disent que si ce film est interdit aux moins de 13 ans, il doit contenir quelque chose qui mérite toute leur curiosités.

À mon avis, le préjudice porté à l’âme humaine est incommensurable. Les images positives et bienfaisantes qu’une personne reçoit nourrissent grandement sa vie spirituelle. À l’inverse, les images nuisibles qu’elle contemple infligent des blessures profondes, parfois irréparables.

Si quelqu’un étudiait ce phénomène, il verrait à quel point la télévision peut causer un désastre sur la psyché d’une personne, en particulier chez les plus jeunes. Mais ce n’est là que le début : un mal en entraîne un autre. C’est une véritable chaîne de maux, car elle détruit la communication, elle détruit le temps, elle détruit l’innocence de l’âme humaine ; et ensuite, l’homme se retrouve vidé. Épuisé, il n’a plus le goût de rien, surtout pas des choses spirituelles. Son âme se remplit d’images et de bruits qui le fatiguent, et ensuite il se demande pourquoi il est las, sans comprendre pourquoi… Essayez de supprimer la télévision et tout ce qui s’y rattache – ou au moins de réduire ces nuisances –, et vous verrez combien vous serez plus détendus, combien de temps libre vous retrouverez.

Naturellement, ces choses ne sont pas sans lien avec notre vie spirituelle, car celle-ci est le fruit de toutes les activités qu’une personne entreprend. Je ne dis pas qu’il faut arrêter complètement de regarder la télévision. Je ne suis pas contre en soi ; simplement, ces choses compliquent notre vie au lieu de la simplifier, elles finissent par la détruire, à l’image de ce que le « progrès » technologique a fait à notre existence. Certes, aujourd’hui on prend l’avion et l’on arrive rapidement à destination, on monte sur un bateau et le voyage se fait en un clin d’œil, et il existe mille autres commodités. En fin de compte, ces facilités ont peut-être simplifié notre existence, mais elles nous ont aussi piégés et nous ont fait perdre notre essence ; elles nous ont fait perdre la beauté de la vie, et nous avons fini par détruire le monde dans lequel nous vivons. Et maintenant, nous en appelons à toujours plus de sciences et de découvertes, dans l’espoir de sauver ce qu’il en reste.

Tous ces éléments, qui sont les fruits tragiques de notre chute, montrent clairement combien il est impossible de résoudre ce problème à une échelle purement humaine. Mais si l’homme se tourne vers Dieu, alors nous verrons ce que le Christ a dit : « Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible » (Mt 19,26). Nous constatons autour de nous ce miracle de Dieu : même à notre époque, avec toutes les informations et les tentations qui nous entourent, ainsi que l’accessibilité au péché, il existe encore des personnes qui aiment Dieu, et du milieu des ronces, des roses continuent à fleurir.

Des roses naissent au milieu des épines, et le grand miracle du salut devient réalité – en dépit de nos faiblesses humaines, de notre misère, de nos problèmes, des difficultés avec nous-mêmes, avec notre Église, notre famille, notre société et tous les autres éléments qui assaillent sans cesse l’homme. C’est pourquoi, pour échapper à tout cela, nous devons revenir à notre point de départ, lorsque nous avons dit que la solution à tous les problèmes réside dans le fait de se tourner vers l’amour de Dieu. Quand l’homme aime Dieu, alors Dieu le guérit ; Dieu le ressuscite — même s’il est mort et en décomposition —, Dieu le restaure, à condition que l’homme rejette tout ce qui est inutile en lui, qu’il place l’amour de Dieu dans son cœur et qu’il construise sa vie autour de cet amour. Sur cet amour de Dieu, il doit bâtir sa vie, son mariage, sa famille, son chemin, ses études, son parcours. S’il fait cela, alors il goûtera véritablement la joie de vivre, et sa vie deviendra un paradis, car le paradis n’est rien d’autre que l’amour de Dieu, tandis que l’« enfer » n’est rien d’autre que l’absence de cet amour.

Ainsi, je souhaite, en conclusion de cette homélie, que l’amour de Dieu vous accompagne toujours, et que nous n’oubliions pas que tout ce que nous faisons doit être motivé par cet amour, et non par le simple désir d’être des personnes religieusement correctes. Nous devons devenir des personnes qui aiment Dieu, afin que nos vies soient transformées de manière authentique et que nous soyons nous-mêmes transformés en Jésus-Christ notre Seigneur.

Que Dieu soit avec vous.

Traduction de l’article : Full of Grace and Truth

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