
Lors de mon dernier voyage au Mont Athos, j’ai visité le monastère de Simonopetra. C’est un monastère majestueux, sous un ciel d’un bleu éclatant. Là, j’ai rencontré un novice gracieux, originaire de Chine. Sa présence m’a sincèrement surpris. Une soutane orthodoxe sur un Chinois ? Cela m’a quelque peu ému. Je n’avais jamais vu cela de près, seulement sur des photos de missions. Héritier d’une grande tradition culturelle, et voilà qu’il embrasse le Christianisme ? Mes amis et moi, intrigués, lui avons posé des questions.
— Frère, comment se fait-il que toi, Chinois, sois devenu moine orthodoxe, venant pourtant d’une si grande tradition culturelle ? Étais-tu bouddhiste ?
— Oui, bien sûr, j’étais bouddhiste.
— Qu’est-ce qui t’a attiré vers le Christianisme ?
— La compagnie divine !
— Comment ? Pardon ?
— Oui, oui, Père, hahahahaha ! répondit-il en riant, car chez les Chinois, sur trois mots, ils en rient deux. « Dans le bouddhisme, mon Père, vous êtes profondément seul. Tout votre combat est intérieur. C’est un chemin de grande solitude, mon Père. Mais ici, vous avez une aide, un compagnon, une présence divine qui chemine avec vous. Vous avez quelqu’un qui vous aime, qui prend soin de vous. Il se soucie de vous, même si vous ne Le comprenez pas. Vous parlez avec Lui. Vous Lui dites ce que vous ressentez, ce que vous espérez ; ainsi, une relation se crée. Vous n’êtes pas seul dans les combats de la vie et dans votre quête de perfection spirituelle.
À cette époque, j’ai pris conscience de certaines choses. Une fièvre intense me clouait au lit. Aucun médecin ne parvenait à identifier ce qui n’allait pas. Le tableau clinique restait flou, du moins pour eux, car ils ne trouvaient rien. La douleur était insupportable, et aucun antidouleur ne pouvait la soulager. J’ai essayé trois analgésiques différents, mais la douleur persistait.
C’est à ce moment-là que j’ai appris que l’oncle dont je porte le nom, le frère de mon père, souffrait d’un cancer avancé des cordes vocales et du larynx. Il avait subi une laryngectomie. Cette maladie était le résultat d’une consommation chronique d’alcool et de tabac. En somme, il menait une vie médiocre.
C’est alors que j’ai repensé à ce qu’un ancien bouddhiste, devenu moine chrétien sur le Mont Athos, m’avait dit : il faut un Dieu à qui parler, quelqu’un que l’on peut ressentir et percevoir à ses côtés, quelqu’un qui nous écoute.
Je ne sais pas si c’est juste ou faux. Je sais seulement que c’est un besoin profond de l’homme. La vie elle-même en témoigne. Même les bouddhistes, issus d’une religion non théiste, ont créé diverses divinités, allant jusqu’aux paroles et aux mondes imaginaires. Ils ressentent le besoin de s’adresser à quelqu’un, à quelque chose, à une entité au-delà d’eux-mêmes, même si cela relève du rêve. D’ailleurs, la réalité et la vérité restent des notions essentielles et le seront toujours. C’est une énigme, un mystère.
Ces pensées m’ont rappelé les paroles de saint Grégoire le Théologien, dont la nature sensible et mélancolique s’exprimait ainsi : Quand tu ne vas pas bien, ou que tu te sens mal, parle. Parle, même si c’est au vent. »
Traduction de l’article : Orthodoxgreek