
En 1980, lors d’un séjour au Mont Athos, mon fils Jean-Baptiste, alors âgé de 11 ans, et moi-même avons eu la grâce de passer quelques jours au monastère de Simonos-Pétra. La veille de notre départ, un moine nous annonça que le père Aimilianos, higoumène du monastère et l’un des plus grands pères spirituels de l’Athos, accepterait de nous recevoir en fin d’après-midi. Nous nous préparâmes donc à cette rencontre. Les heures passaient, et Jean-Baptiste, fatigué, commençait à s’endormir. Ce n’est que tard dans la soirée que nous fûmes enfin introduits auprès de l’higoumène. En voyant mon fils à moitié endormi, le père Aimilianos lui lança avec un sourire :
« Si tu restes éveillé pendant tout l’entretien, tu auras droit à dix kilos de chocolat ! »
Aussitôt, Jean-Baptiste ouvrit grand les yeux et ne les ferma plus de toute la rencontre.
On dit qu’en présence d’un père spirituel, les réponses nous viennent avant même que les questions ne soient posées. Ce fut exactement le cas. Les paroles du père Aimilianos furent pour nous comme des loukoums pour l’âme : douces, réconfortantes, et profondément nourrissantes pour la foi.
Nous fûmes incapables de dire combien de temps dura l’entretien, mais nous savions une chose : nos cœurs en restèrent nourris longtemps après.
Le lendemain matin, au moment du départ, le père Aimilianos était présent pour nous saluer. Jean-Baptiste, bien sûr, attendait ses dix kilos de chocolat avec impatience. L’higoumène appela alors un moine, qui lui remit… une seule tablette. Face à la mine étonnée de mon fils, il expliqua avec tendresse :
« Pour ne pas risquer une crise de foie, tu as droit aujourd’hui à une tablette. Mais désormais, chaque fois que tu viendras au monastère, une tablette t’y attendra. Tu sais maintenant que tu as une réserve de dix kilos ici, au Mont Athos. »
Et c’est ainsi que, chaque fois que le père Aimilianos venait en France — notamment au monastère de Saint-Antoine — et qu’il nous faisait l’honneur de sa visite, Jean-Baptiste recevait fidèlement sa tablette de chocolat.
Des années plus tard, après avoir terminé ses études aux Beaux-Arts, Jean-Baptiste partit en Russie travailler à la décoration de fresques au monastère de la Sainte Trinité Saint-Serge, près de Moscou, avec Yaroslav Dobrinine. Il rejoignit ensuite le monastère des Grottes de Pskov, auprès du père Zénon — l’un des plus grands iconographes contemporains — où il vécut un temps et devint moine. Revenu en France, il seconda sa mère dans l’enseignement de l’iconographie.
Ce texte est extrait d’une publication du père Nicolas Garrigou sur Facebook, reproduit ici avec son aimable autorisation.