
Cependant, voici que la main de celui qui me livre est avec moi sur la table ( Lc 22,21 )
La chose la plus difficile pour un chef d’armée, c’est d’agir quand son ennemi est aussi à l’intérieur, dans son camp – qu’il n’a pas seulement des ennemis extérieurs, mais aussi des ennemis intérieurs, parmi les siens. Judas était au nombre des Siens, mais il était l’ennemi intérieur. Tout autour s’épaississaient et se serraient les rangs des ennemis du Christ ; quant à lui, il préparait la trahison de l’intérieur. Sa main était sur la table, bénie par le Christ, mais ses pensées étaient ailleurs, auprès des ennemis, là où la pire hostilité, la haine et la malice sourdaient contre le doux Seigneur.
Mais n’est-il pas aujourd’hui encore des mains de nombreux traîtres du Christ sur la table en Sa compagnie ? Car quelle table n’est-elle pas celle du Christ ? Sur quelle table Ses dons ne figurent-ils pas ? Il est l’Hôte, Il reçoit et Il abreuve Ses invités. Les invités n’ont rien qui leur appartienne, rien ! Tout bien, toute abondance qui leur est octroyée, leur est octroyée par la main du Christ. Le Christ n’est-Il pas alors présent à chaque table, en tant qu’Hôte et en tant que Serviteur ? Et les mains de tous ceux qui aujourd’hui encore trahissent le Christ ne sont-elles pas sur la table en Sa compagnie ?
Ils mangent Son pain mais parlent contre Lui. Ils se réchauffent avec Son soleil mais calomnient Son Nom. Ils respirent Son air mais se soulèvent contre Son Église. Ils vivent de Sa charité mais Le chassent de leurs demeures, de leurs écoles, de leurs tribunaux, de leurs livres, de leurs cœurs. Ils transgressent Ses commandements volontairement et avec malice ; ils se moquent de Sa loi. Ne sont-ils donc pas les traîtres du Christ et les disciples de Judas ?
Mais ne les crains pas ! Dieu ne nous a pas ordonné de les craindre, mais d’attendre et de voir leur fin. Le Christ Seigneur ne craignait pas non plus Judas, et Il ne craint pas toutes les hordes de traîtres jusqu’à la fin des temps. Car Il connaît leur fin, et Il tient déjà la victoire dans Ses mains.
Ne crains donc rien, toi non plus. Mais sois fidèle au Christ Seigneur, que tu sentes Sa cause gagner ou bien perdre du terrain ou s’éteindre ici-bas, ne crains rien. Car si tu crains, ta main pourrait se retrouver comprimée sous celle de Judas à la table du Christ.
Saint Nicolas Velimirovitch, prologue d’Ohrid
Homelie encore plus d’actualité dans notre monde d’aujourd’hui.
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