
Pourquoi saint Paul se désigne-t-il comme « le premier des pécheurs » dans l’épître d’aujourd’hui ? Lui, le plus grand apôtre, qui a porté la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ au-delà du monde juif, jusqu’au cœur du monde gréco-romain ! Pourtant, malgré ses innombrables accomplissements, il écrit à Timothée : « Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier » (1 Timothée 1:15).
Comment saint Paul pouvait-il se considérer comme le plus grand des pécheurs ? Et si c’est le cas, qu’est-ce que cela dit de nous ? Saint Jean Chrysostome, ce grand Père de l’Église qui a composé la Divine Liturgie que nous célébrons chaque dimanche, exprime la même pensée dans la prière avant la communion : « Je crois et je confesse, Seigneur, que Tu es véritablement le Christ, le Fils du Dieu vivant, venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. »
Lorsqu’il rédigea cette prière, Jean Chrysostome parlait de lui-même, affirmant qu’il était le premier des pécheurs. Comment un tel saint pouvait-il se voir ainsi ? Et qu’est-ce que cela implique pour nous ? D’autres grands Pères de l’Église et saints ont adopté cette même attitude, se considérant comme les premiers parmi les pécheurs. Était-ce une exagération ? Pensaient-ils vraiment être de pires pécheurs que tant d’autres qui, à l’instar de ces grands saints, ne vivaient certainement pas une vie sainte en Christ ?
Ce n’était pas une exagération, mais une question de perspective. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous voyons clairement qui nous sommes réellement, mais aussi qui nous sommes appelés à devenir : à la fois premiers des pécheurs et enfants bien-aimés de Dieu.
Imaginons une icône observée de loin. À une grande distance, elle est à peine visible, peut-être même indiscernable. Mais en s’approchant, elle prend forme, ses contours se précisent. Plus on s’avance, plus on distingue de qui il s’agit, jusqu’à percevoir les moindres détails avec une clarté saisissante.
C’est ainsi, je crois, que les saints ont rencontré le Christ dans leur vie. Loin de Jésus, on ne le remarque pas ; Il peut même être absent de notre horizon. Mais en cheminant vers Dieu, en ouvrant son cœur et son esprit au Christ, que se passe-t-il ? Il entre dans notre champ de vision. Plus nous nous rapprochons de Lui, plus Il devient clair. Et lorsqu’Il se révèle pleinement, Il nous aide à voir qui nous sommes vraiment et qui nous sommes appelés à devenir.
Saint Paul, saint Jean Chrysostome et les plus grands saints se sont approchés si près de Dieu qu’ils ont cessé de se comparer aux autres. Saint Paul disait : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2:20). Dans cette perspective christique, ils ne regardaient pas les failles d’autrui pour se mesurer à elles. Non, ils fixaient leurs yeux sur le Christ seul et se comparaient uniquement à Lui. Ainsi, ils voyaient leurs propres péchés avec une clarté limpide. Qui pourrait se tenir face à la lumière de Dieu et se prétendre juste ? Personne !
C’est ainsi que saint Paul comprenait qu’il était le premier des pécheurs. Saint Jean Chrysostome pouvait écrire sa prière et confesser sincèrement que le Christ était venu pour sauver les pécheurs, « dont je suis le premier », non par exagération, mais en se comparant uniquement au Christ. La leçon pour nous est claire. Combien de fois justifions-nous nos actes ou nous félicitons-nous en nous comparant aux autres ?
Au lieu de voir la folie du monde et de penser qu’elle prouve notre propre sagesse, nous devons changer notre critère de jugement. Ne nous comparons pas au monde, mais au Christ seul. Jésus est l’unique mesure par laquelle nous devons nous contempler, le seul critère par lequel nous devons nous juger.
Le Christ nous enseigne à ne pas scruter la paille dans l’œil du prochain tout en ignorant la poutre dans le nôtre (Matthieu 7:3). Nous ne devons jamais nous comparer à notre prochain. Dieu seul connaît ses talents, son potentiel, sa vie. Nous devons nous regarder nous-mêmes, puis tourner nos yeux vers le Christ. Lui seul est la norme selon laquelle nous, et toute l’humanité, serons jugés.
En contemplant le Christ, nous voyons combien nous sommes loin de l’idéal, de l’homme parfait. En ne regardant que Jésus, nous confesserons : « Je suis le premier des pécheurs. » Mais en posant les yeux sur Lui, nous découvrirons aussi l’amour immense et insondable qu’Il nous porte. Sa miséricorde et sa grâce nous donnent l’espérance de croire en nous-mêmes, en l’image et la ressemblance divines dont nous sommes porteurs, en ce potentiel divin qui est en nous.
Après avoir confessé qu’il était « le premier des pécheurs », l’apôtre Paul ajoute : « Mais j’ai obtenu miséricorde afin que, en moi, le premier des pécheurs, Jésus-Christ montre sa patience infinie, pour servir d’exemple à ceux qui croiraient en Lui pour la vie éternelle » (1 Timothée 1:16). Ainsi, Dieu a pris le premier des pécheurs et en a fait un exemple pour le monde entier. Si Dieu a transformé la vie de Paul, Il peut transformer la nôtre.
Quand nous avons l’humilité de nous voir tels que nous sommes, nous ne sombrons pas dans le désespoir. Oui, nous sommes les premiers des pécheurs. Mais nous pouvons aussi dire : « Oui, mais la miséricorde et l’amour de Dieu surpassent mon péché. » Cette humilité nous révèle le potentiel divin que Dieu a placé en chaque être humain.
D’une certaine manière, c’est le sens de la célèbre maxime de saint Silouane : « Garde ton esprit en enfer, mais ne désespère pas. » Nous gardons notre esprit en enfer, car nous méritons l’enfer, étant les premiers des pécheurs. Mais nous ne désespérons jamais, car la miséricorde et la grâce de Dieu dépassent infiniment notre péché.
Comment saint Paul et saint Jean Chrysostome pouvaient-ils se considérer comme les plus grands pécheurs, et qu’est-ce que cela nous dit ? Cela nous rappelle que nous sommes, nous aussi, les premiers des pécheurs, mais des pécheurs rachetés par la grâce de Dieu.
Traduction de l’article : pravmir
Bel article sur le péché.
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