
Le maître de Jean pensa un jour accomplir ses devoirs religieux en se rendant à la Mecque. Après avoir quitté Procopio, il arriva à la Mecque au terme d’un long et pénible voyage. Quelques semaines après son départ, sa femme, restée à la maison, invita parents et amis à faire un grand dîner afin que les convives se réjouissent et expriment leurs vœux pour l’heureux retour de son mari. A table, Jean les servait avec beaucoup de promptitude et de retenue. Leur ayant servi un mets particulièrement agréable au goût de son maître, absent, la maîtresse de maison montra de sa main le serviteur et dit : « Combien son maître se serait réjoui s’il avait été ici et avait mangé avec nous ce magnifique pilaf ! » Ayant entendu le désir de sa maîtresse, et ayant une confiance absolue en Dieu qui fait des merveilles parmi ses saints, Jean pria mentalement, puis demanda à sa maîtresse un plat plein de ce pilaf pour l’envoyer à son maitre, à la Mecque. Tous de rire et de se moquer du saint, en prétendant ces choses impossibles. Toutefois, sa maîtresse lui donna un plat plein, disant, en souriant, que le serviteur avait peut-être faim et voulait en goûter chemin faisant. Mais le saint, gardant le silence. sortit de la salle à manger, entra dans l’écurie et, adressant une fervente prière au Dieu de miséricorde, dit ces paroles: « Que Celui qui, comme autrefois envoya le prophète Habacuc à Babylone pour apporter de la nourriture au prophète Daniel, dans la fosse aux lions, exauce aussi ma prière et fasse parvenir ce plat à mon maître ». Ayant ainsi prié, il retourna dans la salle à manger, annonçant qu’en effet, le plat était arrivé à destination.
Quand il eut dit cela, tout le monde commença à le railler et à dire que c’était lui qui avait mangé le plat et qu’il racontait l’avoir envoyé au maître de maison. Cependant, quand le maître de Jean revint de voyage, rapportant avec lui le plat vide, tous furent dans la stupéfaction et l’étonnement. Le maître raconta la chose de la façon suivante: « Tel jour, vers le soir, revenant de la grande mosquée de la Mecque pour me reposer, j’aperçus sur ma table un plat couvert et contenant de la nourriture chaude et fumante. J’étais très étonné et ne pouvais deviner qui avait déposé ce repas dans ma tente fermée. J’observais le plat et je vis soudain qu’il était marqué à mes initiales ! Après en avoir mangé le contenu, je gardai le plat, mais ne sus pas comment la chose arriva ». Le récit du maître plongea tout le monde dans la stupéfaction. Ceci obligea son épouse et les convives à avouer la vérité au maître : Jean, l’esclave, était l’instrument du miracle. « Ayant donné le plat à Jean, nous I’avons d’abord raillé, pensant que c’était chose impossible. Mais maintenant, nous voyons qu’il a tenu sa promesse, et ceci est dû à la puissance divine ». Alors tous se mirent à invoquer: « Allah ! Allah ! ». Dès lors, les Turcs cessèrent d’insulter le saint et de se moquer de lui, le considérant comme un homme juste et lui témoignant beaucoup d’honneur et de respect. IIs commencèrent à l’appeler « véli », c’est-à-dire « saint », le laissèrent libre et lui donnèrent une chambre particulière, hors de l’écurie. Le saint les remercia mais refusa; craignant la gloire des hommes, il préféra rester dans le coin sombre de l’écurie. De cette façon, pensait-il, il pourrait mieux faire son ascèse et glorifier Dieu.
Nouveau récit au sujet du vieux plat

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L‘événement de la livraison de la nourriture dans un plat en bronze d’Asie centrale à La Mecque, qui marqua le début des miracles de saint Jean le Russe, confesseur, se répéta à sa manière de nos jours, c’est-à-dire presque deux cent soixante-dix ans plus tard. Un des quatre prêtres qui servaient auprès des reliques de saint Jean désira ordonner systématiquement les notes racontant ses miracles et écrire à nouveau sa biographie, en utilisant tous les témoignages historiques accessibles et les traditions apportées par les réfugiés provenant de Procopio d’Asie Mineure sur l’Eubée. Il avait l’intention de rassembler toutes les données sur le saint qui se sont transmises oralement de générations en générations et de les écrire pour la génération suivante, tant que leur mémoire n’avait pas disparu avec ceux qui les avaient apportées jusque-là. Un jour, pendant son temps de service, ce prêtre célébrait seul les matines dans l’église. Arrivant aux mots « Que ma prière s’élève comme l’encens devant Toi » (Ps 140. 1), pendant qu’il encensait les saintes reliques, son regard tomba sur l’icône du saint au chevet de la châsse et, justement, sur I’une des représentations qui montre le saint priant Dieu à genoux pour le miracle de la livraison à La Mecque du plat de nourriture pour son maitre. A ce moment, le prêtre se dit : « Mon saint, si seulement je pouvais me procurer une copie de ce plat, Pour que je le photographie et l’insère comme illustration dans ta nouvelle biographie… » Une semaine passa. Et voilà qu’une pèlerine de Sparte (sud de la Grèce) apparut dans l’église, s’approcha du prêtre et lui fit savoir ce qui suit :
La semaine dernière, vendredi soir, (or c’était exactement le jour et l’heure auxquels le prêtre exprima au saint son désir concernant le plat), j’ai vu saint Jean en rêve. Il m’a dit: « Parmi les affaires que ton mari a apportées d’Asie Mineure et que tu gardes dans ta cave, se trouve un plat en bronze. Nettoie-le et apporte-le moi dans mon église à Procopio sur l’Eubée. Laisse-le pour toujours là-bas parce que j’en ai besoin. » En prononçant ces paroles, la femme sortit de son sac un plat en bronze et le prêtre, frappé d’admiration, vit qu’il ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui représenté sur l’icône. Emu jusqu’aux larmes, il embrassa le plat, puis alla vers les saintes reliques, plaça le plat dans les mains du saint sous le verre de la châsse en disant : « Mon saint, tu te soucies tant et te donnes tant de peine pour nous pécheurs ! Gloire au Seigneur et gloire à toi, qui l’as aimé, qui l’as glorifié et qui demeures avec lui pour l’éternité. » L’illustration avec ce plat, qui se trouve maintenant dans l’église parmi les autres dons et offrandes au saint, sera placée, avec le temps – si Dieu donne – dans le nouveau livre de sa vie.
Saint Jean le Russe, vie et miracles contemporains