Moine Moïse du Mont Athos – Le Grand Carême et ses opportunités

© Mănăstirea Suruceni

La période pré-pascale que nous traversons suscite, ou devrait susciter, un sentiment particulier en nous. La beauté et la solennité de l’hymnographie de cette saison, la richesse des célébrations liturgiques et le jeûne du Carême nous invitent à nous recueillir, à nous introspecter, à reconnaître nos failles et à nous examiner avec sincérité en vue d’une véritable repentance. Beaucoup de personnes refusent de saisir le sens profond de ces jours, continuant leur vie monotone. Bien qu’elles se plaignent de la fatigue et de la lassitude du quotidien, elles ne font aucun pas vers un véritable changement. Elles suivent des régimes stricts, mais ne jeûnent pas. Elles consultent des psychologues et passent des heures devant la télévision, mais ne se rendent ni chez un confesseur ni à l’église.

Les hommes d’aujourd’hui cherchent davantage à recevoir qu’à donner, sans effort ni sacrifice personnel. Nous redoutons de nous confronter à nous-mêmes, évitant systématiquement cette introspection, ce qui alimente en nous une profonde anxiété. Le Grand Carême agit comme une radiographie, un objectif photographique, un miroir. D’une certaine manière, nous le trouvons dérangeant, car il expose sans détour la vérité cachée de notre être. L’esprit moderne, façonné par le consumérisme, le confort et l’orgueil, rend l’homme prisonnier d’un flot incessant de choses superflues qui encombrent sa vie. Le Grand Carême vient briser cette routine en offrant une halte salutaire et une transfiguration intérieure.

Une prière répétée des centaines de fois au cours de cette période, composée par saint Ephrem le Syrien, nous exhorte à renoncer à la paresse, à la curiosité malsaine, à la soif de domination et aux paroles vaines, pour cultiver la sagesse, l’humilité, la patience et l’amour. Cette prière, à la fois simple et profonde, s’achève par cette supplication adressée à Dieu : « Accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère. »

Autrement dit, elle nous invite à abandonner les commérages, l’analyse excessive des autres et le jugement sévère et incessant, pour recentrer notre regard sur nous-mêmes et œuvrer à notre propre correction. Le Grand Carême nous invite à nous recentrer sur nous-mêmes et à contribuer à la guérison de nos maladies spirituelles, qui obscurcissent notre esprit et rendent notre vie difficile et amère. Si nous parvenons à cette véritable connaissance de nous-mêmes et à une repentance sincère, alors le Grand Carême ne sera ni une période sombre et stérile, ni un simple «devoir moral» à accomplir. Il deviendra une précieuse opportunité d’adoucir nos cœurs endurcis, nous ouvrant à l’amour du prochain et à l’amour de Dieu. L’excès de rationalisation face aux épreuves de notre époque nous éloigne insidieusement de tout ce qui est mystique, hésychaste, sacré, mystérieux, au-delà de la raison et du surnaturel. Les conséquences de cet état sont désormais évidentes : partout, la mélancolie et le désespoir gagnent du terrain, accablant de nombreuses âmes. Il est temps de reconnaître, au plus profond de notre cœur, combien nous nous sommes égarés, et qu’il est urgent de revenir au berceau de l’Amour Crucifié.

Souvent, durant le Grand Carême, nous sommes confrontés à des tentations, des épreuves, des tribulations et des échecs. Ces obstacles ne sont pas là pour nous décourager, mais pour nous faire grandir, nous aider à trouver l’équilibre et à retrouver un cœur d’enfant. N’oublions pas que la vie chrétienne est une vie de Croix : sans crucifixion, il n’y a pas de résurrection.

Le Grand Carême est un temps béni et bénéfique de préparation, un couloir à semi-obscur qui nous conduit vers une chambre inondée de lumière. Il repose sur deux piliers essentiels : la prière et le jeûne. Mais sans humilité ni amour, ces pratiques demeurent vaines et stériles. Leur but ultime est de purifier notre cœur et d’atténuer l’orgueil qui nous enferme sur nous-mêmes.

Ne laissons pas passer cette précieuse opportunité que nous offre à nouveau le Grand Carême, alors que nous approchons de son terme. Dans l’Église, nos blessures trouvent leur guérison. L’hiver froid est suivi du printemps. Après le Triode vient le Pentecostaire. Les nuages ne sont jamais permanents, et après eux, le soleil brille avec encore plus d’éclat. Et maintenant, comme le dit un magnifique tropaire : « C’est le temps de la repentance et l’heure de la prière. »

Moine Moïse l’Athonite

14 mars 2010

Source : agioritikesmnimes

Laisser un commentaire