
Sermon 73 – Sur l’Ascension du Seigneur
Par saint Léon le Grand
I. Les événements post-résurrection visaient à confirmer la vérité de la Résurrection
Depuis la bienheureuse et glorieuse Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, par laquelle la puissance divine, en trois jours, a relevé le véritable Temple de Dieu que la malice des Juifs avait renversé, les quarante jours sacrés, très aimés, se sont aujourd’hui écoulés. Ces jours, par une disposition toute sainte, furent consacrés à notre instruction la plus profitable, afin que, pendant que le Seigneur prolongeait ainsi sa présence corporelle, notre foi en la Résurrection soit fortifiée par des preuves nécessaires. Car la mort du Christ avait profondément troublé le cœur des disciples, et une sorte de torpeur méfiante avait envahi leurs esprits accablés de chagrin face à son supplice sur la croix, son dernier souffle, et l’ensevelissement de son corps sans vie. Lorsque les saintes femmes, comme le rapporte l’Évangile, annoncèrent que la pierre avait été roulée du tombeau, que le sépulcre était vide du corps, et que des anges témoignaient du Seigneur vivant, leurs paroles semblèrent un délire aux Apôtres et aux autres disciples. Cette hésitation, fruit de la faiblesse humaine, l’Esprit de Vérité n’aurait certainement pas permis qu’elle persiste dans le cœur de ses propres prédicateurs, si leur anxiété tremblante et leur prudence hésitante n’avaient posé les fondations de notre foi. C’est pour nos perplexités et nos dangers que les Apôtres furent pourvus : c’est nous-mêmes qui, à travers eux, avons appris comment répondre aux objections des impies et aux arguments de la sagesse terrestre. Leurs regards nous instruisent, leurs écoutes nous enseignent, leurs touchers nous convainquent. Rendons grâce à la divine providence et au saint Père qui a permis cette lenteur nécessaire de la croyance. D’autres ont douté pour que nous ne doutions pas.
II. Ces jours sont hautement instructifs
Ces jours, bien aimés, entre la Résurrection et l’Ascension du Seigneur, n’ont pas été inutiles ni oisifs : de grands mystères y furent scellés, de profondes vérités dévoilées. En eux, la crainte d’une mort terrifiante fut dissipée, et l’immortalité, non seulement de l’âme mais aussi de la chair, fut affirmée. C’est alors que, par le souffle du Seigneur, l’Esprit Saint fut répandu sur tous les Apôtres, et que, plus particulièrement, le bienheureux Apôtre Pierre reçut la charge du troupeau du Seigneur, ainsi que les clés du Royaume. C’est alors que le Seigneur se joignit comme compagnon aux deux disciples sur la route et, pour chasser toutes les ombres de notre incertitude, leur reprocha la lenteur de leurs cœurs apeurés. Leurs cœurs éclairés s’enflamment de la foi ; tièdes auparavant, ils s’embrasent d’ardeur tandis que le Seigneur leur ouvre les Écritures. Lors du partage du pain, leurs yeux s’ouvrent en sa présence : combien plus heureuse est l’ouverture de leurs yeux, à qui fut révélée la glorification de leur nature, que celle de nos premiers parents, sur qui tombèrent les funestes conséquences de leur faute !
III. Ils prouvent la résurrection de la chair
Au cours de ces miracles et d’autres encore, alors que les disciples étaient troublés par des pensées confuses, le Seigneur apparut parmi eux et dit : « La paix soit avec vous. » Pour que leurs pensées ne s’installent pas dans une conviction erronée (car ils croyaient voir un esprit, non un corps de chair), il réfute leurs idées contraires à la vérité, présente aux yeux des sceptiques les marques de la croix sur ses mains et ses pieds, et les invite à le toucher avec une attention minutieuse. Les traces des clous et de la lance furent conservées pour guérir les blessures des cœurs incrédules, afin qu’ils comprennent, non par une foi chancelante, mais par une certitude inébranlable, que la nature reposée dans le sépulcre siégerait sur le trône de Dieu le Père.
IV. L’Ascension du Christ : des privilèges et des joies surpassant ce que le diable nous avait ravi
Ainsi, bien aimés, tout au long de ce temps qui s’est écoulé entre la Résurrection et l’Ascension du Seigneur, la Providence de Dieu avait pour dessein d’enseigner et de graver dans les yeux et les cœurs de son peuple que le Seigneur Jésus-Christ est aussi véritablement ressuscité qu’il est véritablement né, a souffert et est mort. C’est pourquoi les bienheureux Apôtres et tous les disciples, qui avaient été à la fois bouleversés par sa mort sur la croix et lents à croire en sa Résurrection, furent si fortifiés par l’évidence de la vérité que, lorsque le Seigneur entra dans les hauteurs du ciel, non seulement ils ne ressentirent aucune tristesse, mais furent même remplis d’une grande joie. Et véritablement grande et indicible était leur raison de se réjouir, car, sous les regards d’une sainte multitude, au-dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, la nature humaine s’éleva, surpassant les rangs des anges, s’élevant au-delà des hauteurs des archanges, sans que son élévation soit limitée par aucune altitude, jusqu’à ce qu’elle soit reçue pour siéger avec le Père éternel, associée sur le trône à sa gloire, à la nature de laquelle elle était unie dans le Fils. Puisque l’Ascension du Christ est notre élévation, et que l’espérance du Corps est portée là où la gloire de la Tête l’a précédée, exultons, très aimés, d’une joie digne et délectons-nous dans une action de grâce fidèle. Car aujourd’hui, non seulement nous sommes confirmés comme possesseurs du paradis, mais nous avons aussi, en Christ, pénétré les hauteurs du ciel, obtenant par la grâce indicible du Christ des bienfaits encore plus grands que ceux que la malice du diable nous avait fait perdre. Car nous, que notre virulent ennemi avait chassés du bonheur de notre première demeure, le Fils de Dieu nous a faits membres de lui-même et nous a placés à la droite du Père, avec qui il vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu pour les siècles des siècles. Amen.
Source :
Extrait de Nicene and Post-Nicene Fathers, deuxième série, volume 12. Édité par Philip Schaff et Henry Wace. (Buffalo, NY : Christian Literature Publishing Co., 1895.) Révisé et édité pour New Advent par Kevin Knight.