Victimes du terrorisme : l’Église doit-elle enfin reconnaître leur sainteté ?

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Par Jad Ganem

Dimanche 22 juin 2025, alors que l’église grecque orthodoxe Mar Elias de Dweilaa, à Damas, accueillait ses fidèles pour la liturgie du soir, la prière a été brutalement interrompue : un kamikaze s’est fait exploser à l’intérieur, tandis que ses complices ouvraient le feu sur les croyants rassemblés dans la maison de Dieu.

Cette scène n’est malheureusement pas nouvelle pour les chrétiens d’Antioche et de tout l’Orient. Ce genre d’attaques sanglantes fait tragiquement partie de leur quotidien, se répétant encore et encore, à chaque fois accompagné des mêmes déclarations internationales de condamnation, aussi creuses qu’impuissantes à empêcher la mort, protéger la vie ou dissuader les agresseurs.

© The Syrian Scene — Facebook

Mais ce qui est encore plus douloureux que le crime lui-même, c’est que ces martyrs sont généralement enterrés dans un silence institutionnel, sans que l’Église reconnaisse explicitement leur martyre. Les Églises hésitent, se retiennent, évitent de proclamer la sainteté de ces martyrs. Elles évitent de nommer leur martyre pour ce qu’il est vraiment : mourir pour leur foi, être délibérément pris pour cible à cause de leur identité chrétienne, dans un contexte de terrorisme religieux effréné.

Cette hésitation peut s’expliquer par la peur de nouvelles violences, le souci de préserver une coexistence fragile, ou des enjeux politiques complexes. Mais face à ce sang versé sur l’autel de la prière, il n’y a plus de place pour la prudence ou l’ambiguïté. Le sang des innocents, mêlé à l’huile, à l’encens et à l’Eucharistie, qui a taché les icônes et les murs, ne laisse aucune place au doute. Il réclame justice, vérité et reconnaissance.

Comme le souligne le Métropolite Georges (Khodr), les martyrs « n’ont pas besoin de témoignage humain. Leur sang témoigne de la présence de l’Esprit en eux. Par l’amour, ils ont transcendé leur corps de poussière pour devenir des piliers de lumière. Dieu ne les jugera pas au Jour du Jugement, car ils l’ont déjà franchi pour entrer dans la gloire. Ils n’ont pas besoin qu’un homme proclame leur puissance. Si nous proclamons leur sainteté, c’est uniquement par obéissance à Celui dont ils sont dignes. Ils sont auprès du Christ, comme le dit Paul, et portent l’espérance de la plus haute gloire, que la théologie orthodoxe nomme le paradis. Pourtant, seul le martyr traverse tous les cieux et s’assied sur les trônes de gloire. Nous lui appartenons, tout comme il appartient au Christ. »

Aujourd’hui, l’Église d’Antioche est appelée à un pas audacieux et prophétique. Il est temps que le Saint Synode proclame la sainteté de ces martyrs et de ceux qui les ont précédés sur ce même chemin, en les reconnaissant comme « martyrs du terrorisme religieux radical ».

Dans ce même esprit, il est demandé aux Églises chrétiennes du Moyen-Orient de dépasser leurs différences, unies par le sang des martyrs, et de fixer une fête commune pour tous les martyrs chrétiens tombés à cause du terrorisme religieux à travers la région.

Cette reconnaissance ne vise pas à alimenter rancune ou haine, mais à affirmer la vérité et la justice, à rendre hommage à ceux qui ont « aimé jusqu’à la mort », et à montrer que l’Église, malgré ses blessures, garde précieusement le témoignage des martyrs, répétant de génération en génération : « Le sang n’est pas oublié, la sainteté triomphe toujours. »

Les martyrs tombés à l’église Mar Elias, comme tant d’autres, n’ont pas été tués par hasard, mais parce qu’ils priaient au nom du Christ. C’est cette seule raison qui suffit à élever leurs icônes, à solliciter leur intercession aux côtés des saints, et à les citer en exemple chaque fois que l’histoire de l’Église est racontée — toujours triomphant de la mort par la foi, de la haine et de la malveillance par l’amour.

Traduction de l’article : Orthodox Christianity

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