
En vérité, c’est un combat violent, difficile et ardu que l’on doit mener quand sont présentes les choses [qui provoquent la tentation]. Quelque fort et invincible que soit l’homme, lorsqu’il est en présence des causes d’où procèdent les attaques, les guerres et les combats, la crainte s’empare de lui, et il tombe plus vite que si le Diable lui-même le combattait ouvertement. En effet, tant que l’homme ne s’éloigne pas des choses qui jettent le trouble dans son cœur, il laisse à son ennemi un endroit où l’attaquer. Pour peu qu’il vienne à s’assoupir, sa perte est facile. Dès que l’âme, en effet, est sous l’emprise des rencontres dangereuses qu’elle fait dans le monde, ces rencontres deviennent pour elle des pierres d’achoppement, et elle est comme naturellement vaincue dès qu’elle se trouve en leur présence.
Nos Pères, qui ont jadis parcouru ces voies, avaient bien compris que notre intellect n’est pas toujours assez vigoureux pour demeurer dans le même état et veiller sur lui-même, mais qu’il y a des moments où il est même incapable de discerner ce qui lui est nuisible. C’est pourquoi, ayant bien considéré tout cela dans leur sagesse, ils prirent pour arme la renonciation à toute possession, qui délivre l’homme de bien des combats, comme il est écrit. Préservés de beaucoup de fautes grâce à cette pauvreté, ils partirent au désert, où ne se trouve aucune de ces choses qui suscitent les passions. Ainsi, lorsqu’il leur arrivait de passer par un moment de plus grande fragilité, rien [d’extérieur] ne pouvait provoquer leur chute. Ils n’avaient pas d’occasions de se mettre en colère, ni de tomber dans la fornication, ni d’avoir de la rancune ou de la vaine gloire. Les tentations de ce genre étaient réduites à l’extrême, grâce au désert. Ils s’étaient protégés eux-mêmes par le désert, comme par une tour de défense imprenable. Dès lors, chacun pouvait mener à bien son combat dans L’hèsychia, là où nos sens ne rencontrent aucun objet qui puisse aider notre Adversaire [en étant cause de tentation]. Car il vaut mieux pour nous mourir en combattant, que vivre dans le péché.
Saint Isaac le Syrien, discours ascétiques