Unis par la foi, portés par la joie : l’esprit Nepsis – Entretien avec Nikolas Tirrier

© Nepsis France

C’est une vraie joie de pouvoir échanger aujourd’hui, à travers cet entretien, avec le vice-président de NEPSIS France, Nikolas Tirrier. Cette discussion est l’occasion de mieux faire connaître cette belle association, qui soutient de nombreux jeunes orthodoxes dans leur cheminement spirituel, en conjuguant prière, amitié et engagement concret.

Merci d’avoir accepté cet entretien. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter brièvement et nous dire quel est votre rôle au sein de NEPSIS France ?

Merci Metanousis pour votre invitation à cet interview ! Merci aussi à vous toutes et tous, lecteurs et lectrices ! Je suis Nikolas Tirrier, membre du Conseil de Nepsis France, le mouvement de jeunesse orthodoxe de notre Métropole orthodoxe roumaine en Europe occidentale et méridionale (M.O.R.E.O.M), et vice-président du bureau. Cela dit, on fonctionne de manière collégiale, inspirée du modèle synodal de notre Église : les décisions se prennent ensemble, dans la concertation et l’écoute.

Depuis combien de temps êtes-vous engagé dans NEPSIS, et qu’est-ce qui vous a conduit à y entrer ?

Mon engagement dans NEPSIS a vraiment commencé en octobre 2023, après la Journée de la jeunesse orthodoxe à Paris, à l’église serbe Saint-Sava. Je faisais partie du comité d’organisation de cette rencontre, et ça m’a beaucoup touché de voir les jeunes se rencontrer, échanger et approfondir leur foi autour des questions liées aux réseaux sociaux. C’est à la fin de cette journée que le Métropolite Monseigneur Joseph nous a appelé avec d’autres jeunes à rejoindre le nouveau Conseil.

Comment décririez-vous l’esprit et la mission de NEPSIS à quelqu’un qui ne connaît pas l’association ?

L’esprit et la mission de NEPSIS… Je dirais que c’est avant tout un espace de rencontre et de fraternité, un lieu où les jeunes orthodoxes peuvent se retrouver, prier ensemble, s’encourager à vivre en chrétiens dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas une structure rigide : c’est un mouvement porté par le cœur, par la foi partagée, par le désir de grandir ensemble. Dès la fondation de Nepsis, en novembre 1999, notre Métropolite Monseigneur Joseph avait donné trois valeurs essentielles pour guider ce mouvement : Joie, Foi et Amitié. Ce sont ces trois piliers qui restent aujourd’hui au cœur de notre esprit.

  • La Joie, parce que la foi orthodoxe est une foi lumineuse, qui ouvre le cœur et donne vie ;
  • La Foi, qui est bien sûr le centre, la source de tout ce que nous vivons ensemble ;
  • Et l’Amitié, car c’est dans une vraie fraternité que nous pouvons cheminer, grandir et nous soutenir mutuellement.

Le nom même de Nepsis, qui signifie « veille » ou « sobriété de l’esprit » dans la tradition des Pères de l’Église, nous rappelle que ce chemin se vit dans une attention intérieure, une vigilance du cœur, pour vivre pleinement dans le Christ.

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L’association compte combien de membres à ce jour ?

Aujourd’hui, nous avons environ une centaine de jeunes engagés régulièrement en France. Mais en réalité, ils sont bien plus nombreux si l’on compte tous ceux qui participent ponctuellement aux événements, et tous ceux qui, dans leurs paroisses, s’impliquent de manière plus discrète. On peut donc dire que le mouvement touche largement au-delà de ces 100 jeunes actifs, et il est en pleine croissance. Nous voyons une nouvelle vague de motivation et d’ouverture vers la jeunesse orthodoxe.

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Quels sont les grands axes de votre action en France aujourd’hui ?

On agit principalement sur trois axes : organiser des événements spirituels (congrès, pèlerinages, retraites), animer des communautés locales de jeunes dans les différentes paroisses de France, et proposer des ressources pour nourrir la foi au quotidien que ce soit à travers les réseaux, des podcasts, des conférences, ou de simples temps d’échange.

Comment NEPSIS s’adresse-t-elle aux jeunes vivant dans un monde de plus en plus déconnecté du religieux ?

En étant présents, dans le monde, à l’écoute de la réalité des jeunes. Nous essayons de comprendre ce qu’ils vivent, ce qui les bouscule, ce qui parfois les éloigne de la foi, pour leur proposer un chemin qui fasse sens pour eux. L’objectif n’est pas d’imposer des réponses toutes faites, mais d’être là avec patience et bienveillance.

Je crois que ce qui les touche le plus, c’est de voir d’autres jeunes, semblables à eux, qui ont découvert, retrouvé ou approfondi la foi, et qui en témoignent par leur manière d’être, tout simplement. Comme le dit le psaume : « Voyez comme il est bon, comme il est doux pour des frères de vivre ensemble. »

C’est à nous, qui vivons déjà dans l’Église, d’être attentifs et disponibles pour accueillir le prochain qui frappe à notre porte sans jugement, sans exclusion, mais avec une vraie charité du cœur.

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Quels sont les défis les plus fréquents que vous voyez chez les jeunes orthodoxes aujourd’hui ?

Beaucoup de jeunes aujourd’hui se posent cette question de fond : « Pourquoi aurais-je besoin de Dieu ou du Christ dans ma vie ? Moi je vais bien, mes amis vont bien sans croire, alors à quoi bon ? »
D’autres, au contraire, ont reçu une image trop dure ou trop rigide de Dieu, transmise par leur entourage ou leur éducation, ce qui les a empêchés de s’approcher de la foi, voire les en a éloignés. Et puis, à l’inverse, on rencontre aussi des jeunes en profonde recherche de sens, qui ressentent un vide intérieur, une soif d’absolu. Au fond, ces réalités très différentes ont un point commun : une quête intérieure, souvent inconsciente, d’une vérité d’un amour qui ne trompe pas. Et c’est là que l’Église peut vraiment jouer son rôle essentiel : pas comme un cadre rigide, mais comme un lieu vivant où le Christ lui-même nous rejoint et nous rassasie, dans notre faim de vérité, de justice, mais surtout d’amour.

Avez-vous observé des transformations profondes chez certains jeunes grâce à l’engagement dans NEPSIS ?

Oui, très souvent. On voit des jeunes qui arrivent un peu en retrait, timides, parfois perdus, et qui, grâce aux rencontres, retrouvent confiance, confiance en l’Église, confiance en eux-mêmes, mais surtout confiance en Dieu et approfondissent alors leur foi. Certains passent de la simple curiosité à une véritable démarche spirituelle, ancrée dans la prière et la vie communautaire.
Être témoin de ces changements me rend profondément humble, car en réalité c’est le Christ qui agit, de manière unique et personnelle pour chacun. Participer, même modestement, à cette œuvre de Dieu, cela nous transforme aussi, nous qui y prenons part.

Quelles sont les nouvelles initiatives ou projets en cours ou à venir ?

On essaie de proposer de nouvelles formes de rencontres plus régulières, à la fois locales, régionales et nationales : cercles de partage, soirées thématiques, temps spirituels…
Nous développons aussi notre présence sur les réseaux, pour rejoindre des jeunes qui n’osent pas toujours franchir la porte d’un événement en présentiel. Plusieurs jeunes ont exprimé le souhait de lancer des actions solidaires concrètes, comme préparer des sandwichs et aller les distribuer aux personnes sans-abri dans les rues d’une ville.

Ce type d’initiative demande un peu de soutien matériel ou financier, mais c’est une très belle manière d’incarner notre foi par des gestes simples et fraternels. Enfin, je pense à l’un des plus gros projets que nous sommes en train de préparer pour la rentrée de septembre-octobre : proposer une implication plus active au sein de Nepsis, à travers différents départements. Cela permettra aux jeunes de s’engager selon leurs talents, d’apprendre de nouvelles compétences, et de mettre en valeur les dons que Dieu leur a confiés. C’est une façon de les aider à les faire fructifier concrètement, comme le Christ nous y invite dans l’Évangile.

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Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes orthodoxes ou aux personnes en recherche spirituelle ?

Osez chercher Dieu. Osez vous laisser toucher par Sa tendresse. La foi n’est pas un poids, c’est une lumière qui éclaire et qui réchauffe. Et surtout : vous n’êtes pas seuls. Même si le monde semble de plus en plus éloigné du spirituel, il y a toujours un chemin pour avancer ensemble vers Lui. Et j’aimerais dire aussi ceci : avancer vers le Christ, ce n’est pas seulement accumuler des lectures ou des idées sur Dieu. C’est un chemin vivant, un chemin de cœur, qui se nourrit d’une pratique concrète, incarnée. Cela demande parfois des efforts, du courage, mais cela en vaut infiniment la peine.

S’approcher de Dieu, c’est oser Lui confier nos faiblesses et nos vulnérabilités… et Le laisser nous transformer. Nous venons vers Lui avec nos poids, et c’est Lui seul qui nous en allège. La vie spirituelle, ce n’est pas une “réussite” comme on réussit un examen, ce n’est pas un tableau de bonnes notes à présenter à Dieu : c’est oser être Ses enfants et se laisser aimer par Lui.

Comme l’a si bien dit saint Dumitru le Confesseur, récemment canonisé : « Ose comprendre que Je t’aime. » Je crois que c’est ce que Dieu dit à chacun de nous, à toi, à moi, ici et maintenant, à cet instant même. Je recommande d’ailleurs à tous ceux qui cherchent ce chemin de lire le très beau livre du père Marc-Antoine Costa de Beauregard, Ose comprendre que Je t’aime, qui retranscrit un dialogue en profondeur entre lui et ce saint.

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NEPSIS s’adresse à la jeunesse orthodoxe, mais est-ce une structure ouverte à tous les jeunes, même ceux qui découvrent la foi ou viennent d’un autre parcours ? Existe-t-il des critères particuliers pour rejoindre l’association ou participer aux activités ?

Oui, c’est un mouvement ouvert. Nous accueillons tous les jeunes qui ont le désir de cheminer dans la foi orthodoxe, qu’ils soient issus d’une famille orthodoxe ou qu’ils découvrent la foi en cours de route. Il n’y a pas de critères rigides : ce qui compte, c’est l’ouverture du cœur et le désir sincère d’avancer.

En pratique, la tranche d’âge visée est plutôt entre 15 et 30 ans. Mais nous savons que des plus jeunes ou des plus âgés pourraient aussi avoir envie de participer : dans ces cas, nous restons à l’écoute et nous adaptons au cas par cas. D’ailleurs, nous réfléchissons à la possibilité de créer à l’avenir des volets Nepsis Junior ou Nepsis Senior, pour répondre aux attentes spécifiques qui pourraient émerger.

Cela dépendra des demandes et de la motivation des personnes intéressées, et nous verrons comment l’organiser concrètement le moment venu.

Comment l’association aide-t-elle à vivre la foi au quotidien ?

En créant une véritable fraternité. Quand on sait qu’on peut compter sur d’autres jeunes pour prier ensemble, échanger, se soutenir, cela change profondément la manière de vivre sa foi au quotidien. La foi devient alors une réalité vivante et partagée, et non plus seulement quelque chose qu’on garde pour soi.

Cela rend notre relation au Christ beaucoup plus concrète, et nous fortifie intérieurement pour avancer avec courage dans le monde d’aujourd’hui, en gardant au fond de nous ce désir profond : être avec le Christ, en toute chose, et à la mesure de chacun.

Quel est, selon vous, le plus grand besoin spirituel de notre génération ?

Retrouver le sens de la profondeur. Aller au-delà du superficiel, des apparences, pour renouer avec une foi vraie, qui touche le cœur, qui donne et redonne sens à la vie. Et aussi, expérimenter l’amour miséricordieux de Dieu qui nous offre une espérance vivante au jour le jour.

Je crois que mon propre chemin m’a permis de toucher cela de très près : vivre avec le syndrome que le Christ m’a donné, qui fait que j’ai un visage différent des standards de beauté de notre société, m’a rendu plus libre intérieurement. Cela m’a poussé à aller plus en profondeur, à chercher ce qui donne vraiment sens à ma vie, ce que je veux vivre au fond. Et je pense que beaucoup de jeunes, au-delà de mon expérience personnelle, partagent aujourd’hui cette soif : sortir des apparences, pour trouver le vrai.

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Y a-t-il un moment inattendu ou surprenant qui vous a marqué dans votre parcours au sein de l’association ?

Oui, justement, ce qui m’a surpris dès mes débuts dans NEPSIS, c’est la force des liens qui se tissent si vite entre les jeunes. On pourrait croire que, lors d’un premier congrès ou d’une première rencontre, chacun resterait sur ses gardes… et pourtant, dès les premiers moments de prière ou de partage, on voit des jeunes qui s’ouvrent, qui se sentent en confiance, et de vraies amitiés qui naissent. Cela m’a beaucoup touché, car on sent que c’est vraiment la grâce du Christ qui agit au milieu de nous. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi fort, dès le tout début.

NEPSIS est-elle en lien avec d’autres mouvements de jeunesse orthodoxes à
l’étranger (Grèce, Serbie, Russie…) ?

Oui, de plus en plus. Nous échangeons avec des jeunes de Roumanie, de Belgique, de Suisse, de Grèce, et d’autres pays encore. Cela enrichit beaucoup les jeunes de voir qu’ils font partie d’une Église universelle, qui dépasse les frontières nationales ou linguistiques.
Nous renforçons aussi nos liens avec les différentes filiales NEPSIS présentes en Europe : en Belgique, en Suisse, aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Irlande et en Angleterre. Par ailleurs, nous collaborons avec des associations étudiantes orthodoxes en Roumanie, comme ASCOR, notamment à Iași, et nous avons entamé des contacts avec ASCOR Bucarest pour de futurs échanges d’expérience.

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