
Ayons de l’amour, de la douceur, de la paix. C’est de cette manière que nous venons en aide à notre frère humain lorsqu’il se trouve sous la domination du mal. C’est d’une manière secrète que rayonne l’exemple, non seulement quand l’autre est présent, mais même quand il ne l’est pas. Efforçons-nous de communiquer notre bonne disposition. Ne ferions-nous que prononcer quelques paroles sur la vie de l’autre que nous n’approuvons pas, lui, il ressent cela, et nous le repoussons ainsi. Si nous faisons, à l’opposé, preuve de miséricorde et de pardon, nous exerçons sur lui une influence — de même que le mal l’influence — même s’il ne nous voit pas. Ne soyons exaspérés ni contre les blasphémateurs, ni contre les ennemis de Dieu, ni contre nos persécuteurs. L’exaspération est mauvaise. Ce sont leurs paroles, leur méchanceté que nous devons haïr.
L’homme toutefois responsable de tels propos ou d’une telle attitude, nous ne devons pas le haïr, ni être exaspérés à son égard. Nous devons prier pour lui. Le chrétien possède amour et délicatesse de sentiments. Il agit en conséquence. De même qu’un ascète fait du bien au monde sans que nul ne le voie, vous devez, à votre tour, répandre votre amour sans attendre d’être payés en retour. Les ondes de la prière exercent, en effet, leur influence sur autrui, elles transmettent l’Esprit Saint au monde entier. Vous devez vous conduire avec amour, patience, sourire aux lèvres. L’amour doit être authentique. Or, seul l’amour de Dieu est l’amour authentique. À la personne qui nous fatigue, qui nous met en difficulté, nous devons offrir notre amour d’une manière délicate, sans que l’autre se rende compte que nous faisons un effort pour l’aimer. Gardons-nous encore de manifestations extérieures excessives ; nous provoquons ainsi sa réaction. Le silence sauve de tous les maux. Abstinence de la langue, quelle grande chose ! D’une manière cachée, le silence rayonne sur notre prochain. Laissez-moi vous raconter une histoire :
Une moniale, qui tenait énormément à l’ordre, dit à son Ancien avec exaspération : « La sœur Unetelle sème le plus grand trouble dans le monastère avec les difficultés qu’elle crée et en raison de son caractère. » Et l’Ancien de répondre : « Toi, tu es pire qu’elle. » Au début, la moniale réagit et en fut surprise. Cependant, après les explications données par l’Ancien, elle comprit et s’en réjouit grandement. Voici, en d’autres termes, ce que l’Ancien lui avait dit : « Alors que cette sœur, c’est le mauvais esprit qui la domine et la fait se conduire ainsi, il te domine aussi, toi qui es soi-disant en meilleure posture. C’est ainsi qu’il vous tente toutes deux. Cette sœur se met dans cet état sans le vouloir. Or, de ton côté, par réaction et par défaut d’amour, tu agis de même. C’est de cette manière que, sans lui être d’aucun profit, tu te fais aussi du tort à toi-même. »
Saint Porphyre, vie et paroles