
Un Juif nommé Joseph vivait à Césarée. Il était un médecin si expérimenté qu’en examinant les veines d’un patient, il pouvait prédire s’il mourrait dans trois ou cinq jours et lui annonçait même l’heure exacte de sa mort.
Notre père théophore, Basile, prévoyant par l’Esprit que Joseph se tournerait vers le Christ, l’aimait profondément. Il l’invitait souvent chez lui pour converser et l’exhortait à abandonner la Loi juive afin de recevoir le saint baptême. Mais Joseph refusait obstinément, déclarant : « Dans la foi où je suis né, dans cette foi aussi je mourrai. »
Alors le Saint lui répondit : « Crois-moi, ni toi ni moi ne mourrons avant que tu sois né de l’eau et de l’Esprit. Car sans cette grâce, il est impossible d’entrer dans le Royaume de Dieu. N’est-il pas écrit que vos pères furent baptisés dans la nuée et dans la mer ? (1 Cor. 10:2-4) N’ont-ils pas bu à la roche qui préfigurait le Christ, Celui qui est né de la Vierge pour notre salut, que vos ancêtres ont crucifié, qui a été enseveli et qui est ressuscité le troisième jour ? Il est monté au ciel et s’est assis à la droite du Père, d’où Il reviendra juger les vivants et les morts. »
Basile lui adressa encore de nombreuses paroles pleines de sagesse, mais Joseph demeura dans son aveuglement. Lorsque le moment du départ de Basile vers Dieu approcha, le Saint tomba malade. Il fit alors appeler Joseph, sous prétexte de solliciter son aide médicale, et lui demanda :
« Que penses-tu de mon état, Joseph ? »
Après avoir pris son pouls, Joseph déclara aux proches du Saint :
« Préparez tout pour ses funérailles, car il va mourir immédiatement. »
Mais Basile lui répondit avec assurance :
« Tu ne sais pas de quoi tu parles. »
Joseph insista :
« Crois-moi, évêque, avant le coucher du soleil, tu seras mort. »
Alors Basile le défia :
« Et si je suis encore en vie demain à midi, que feras-tu ? »
Joseph répondit :
« Alors je mourrai. »
Le Saint conclut :
« Oui, tu mourras… mais au péché, afin de vivre en Dieu. »
Joseph, intrigué, répondit :
« Je vois où tu veux en venir, évêque. Mais je te le jure : si demain tu es encore en vie, j’accomplirai ta volonté. »
Alors le divin père Basile pria Dieu de prolonger sa vie jusqu’au lendemain pour le salut de Joseph. Le matin venu, on alla chercher Joseph. Il refusa d’abord de croire le serviteur qui lui annonçait que Basile était encore vivant et exigea de voir le « mort » de ses propres yeux. Lorsqu’il entra et vit Basile en parfaite santé, il fut frappé de stupeur. Pris d’un saint effroi, il se jeta aux pieds du Saint et s’écria :
« Le Dieu des chrétiens est grand, et il n’y a pas d’autre Dieu que Lui. C’est pourquoi je renonce au judaïsme, ennemi de Dieu, et j’embrasse la véritable foi chrétienne. Ordonne donc, saint père, que je reçoive immédiatement le saint baptême, ainsi que toute ma maison. »
Basile répondit avec joie :
« C’est moi-même qui te baptiserai de mes propres mains. »
Joseph, toujours médecin dans l’âme, toucha alors la main droite du Saint et dit :
« Ton corps est affaibli, Évêque, et tes forces sont épuisées. Tu ne pourras pas me baptiser. »
Mais Basile répliqua avec fermeté :
« Nous avons un Créateur qui nous fortifie. »
Alors, il se leva, se rendit à l’église et baptisa Joseph et toute sa famille en présence de l’assemblée. Le nouveau baptisé reçut le nom de Jean.
Ce même jour, Saint Basile célébra lui-même la Divine Liturgie, le fit communier aux Saints Mystères, lui enseigna les rudiments de la vie éternelle et adressa une dernière exhortation à son troupeau.
À trois heures de l’après-midi, ayant accompli son œuvre, il donna à tous un dernier baiser d’adieu, remercia Dieu pour Ses innombrables bienfaits, et, tandis que ses lèvres murmuraient encore une prière d’action de grâce, il remit son âme entre les mains du Seigneur.
Ainsi, l’Archevêque rejoignit les archevêques, et ce grand prédicateur, ce tonnerre de la parole, s’endormit dans le Seigneur le 1er janvier de l’an 379. Saint Basile le Grand gouverna l’Église de Dieu pendant huit ans, six mois et seize jours, et vécut sur terre quarante-neuf ans.
Lorsque le Juif nouvellement baptisé vit le Saint dans la paix du sommeil éternel, il tomba face contre terre et, en larmes, s’écria :
« Serviteur de Dieu Basile, tu ne serais pas mort, même maintenant, si tu ne l’avais pas voulu. »
De nombreux autres archevêques se rassemblèrent et chantèrent les psaumes funèbres.
Ils ensevelirent les saintes reliques du grand consolateur de Dieu, Basile, dans l’église du saint martyr Eupsichios, glorifiant l’unique Dieu Triniaire, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Extrait de « Vies des Saints de Janvier » par Saint Justin Popovitch. L’histoire trouve son origine dans « La vita Basilii, Pseudo-Amphilochienne », une vie apocryphe de Saint Basile le Grand.
Source : Mystagogy