
… Suite de la troisième partie.
Troisième phase (XIVᵉ–XVᵉ siècle) : Dialogues entre l’Orthodoxie et l’Islam
Au cours de la troisième phase (XIVᵉ–XVᵉ siècle), précédant la chute de l’Empire byzantin avec la prise de Constantinople, un dialogue s’instaura entre l’Orthodoxie et l’Islam. Les musulmans ottomans, ayant conquis l’Asie Mineure ainsi que la Thrace orientale et occidentale, faisaient alors peser une menace croissante sur la capitale impériale.
Un exemple marquant est celui de saint Grégoire Palamas, qui vécut au XIVᵉ siècle, en pleine expansion des Turcs seldjoukides. Ceux-ci étaient désormais menés par Osman Ier, fondateur de la dynastie ottomane qui porte son nom. Le 2 mars 1354, les Ottomans posèrent pour la première fois le pied sur le sol européen, à Gallipoli en Thrace. Ce fut à cette époque qu’ils capturèrent un navire transportant saint Grégoire Palamas, qui fut capturé et demeura prisonnier pendant un an.
Au cours de cette captivité, il engagea trois dialogues théologiques avec les Ottomans, qu’il relate dans une lettre adressée à son Église, le siège métropolitain de Thessalonique.
Premier dialogue — à Brousse (capitale ottomane)
Il se tint avec Ismaël, petit-fils de l’émir Orkhan. Les sujets abordés furent : le jeûne, l’aumône, Mahomet et le Christ en tant que Verbe de Dieu. Saint Grégoire cita le coran pour répondre à son interlocuteur, ce qui montre sa connaissance approfondie du texte islamique.
Ismaël lui objecta que, si les chrétiens affirmaient que le Christ était né du Père, cela signifiait que Dieu avait une épouse. Saint Grégoire répondit que, de la même manière que les musulmans reconnaissent que le Christ est né de la Vierge Marie sans union charnelle, à plus forte raison Dieu a pu engendrer son Verbe d’une manière divine, sans chair ni femme.
Deuxième dialogue — avec les Chiones
Les Chiones formaient un groupe syncrétique bien informé des débats théologiques entre les deux religions. Ils demandèrent pourquoi les chrétiens reconnaissent le Christ comme Dieu alors qu’il est aussi homme, né comme tel. Saint Grégoire leur répondit en s’appuyant sur les enseignements islamiques, qui affirment que le Christ est le Verbe de Dieu. Il expliqua la différence entre la création du monde et la naissance du Verbe divin.
La discussion porta ensuite sur Mahomet : les Chiones s’étonnaient que les chrétiens ne l’aiment pas. Saint Grégoire expliqua que le Christ avait ordonné d’aimer les Apôtres, pas Mahomet. Ils débattirent aussi de la circoncision et des icônes.
Le dialogue s’acheva lorsque les autorités turques saluèrent respectueusement saint Grégoire avant de se retirer, tandis qu’un des Chiones, furieux, lui asséna un coup au visage.
Troisième dialogue — à Nicée
Ce dernier échange eut lieu avec un responsable musulman chargé d’un enterrement. La discussion porta sur la prière et sur le Christ. Les Turcs présents demandèrent à saint Grégoire pourquoi il ne reconnaissait pas Mahomet ni son évangile.
Saint Grégoire répondit qu’il n’avait reçu aucun commandement en ce sens, et que l’islam s’était répandu non par la sainteté, mais par la puissance du démon, la guerre, l’épée, les pillages, l’asservissement et la violence.
Mahomet avait utilisé la contrainte et la recherche de plaisirs pour gagner des adeptes.
Ces paroles enflammèrent ses interlocuteurs. Saint Grégoire pria alors pour qu’un jour tous puissent croire aux mêmes vérités et confesser la même foi.

Durant la quatrième phase (du XVe au XIXe siècle), l’Empire romain avait déjà disparu et Constantinople était tombée. Le dialogue entre l’Église orthodoxe et l’islam se déroulait selon les circonstances locales. Je vais mentionner ici deux exemples.
Le premier est Gennadios Scholarios, qui fut le premier patriarche de Constantinople après sa chute. Le sultan Mehmed le Conquérant lui-même le nomma patriarche et lui accorda de nombreux privilèges. Bien que capturé et réduit en esclavage au service d’un officier à Adrianople, il fut libéré et retrouva sa fonction de patriarche. Le sultan entretenait même avec lui des dialogues religieux.
Gennadios se trouvait dans une position délicate face aux envahisseurs, c’est pourquoi il présenta la position chrétienne en opposition à l’islam, mais de manière positive et non agressive. Il insista sur les différences fondamentales entre les deux religions : la spiritualité de l’eschaton, la divinité du Christ, et la foi en Dieu Trinitaire.
Il développa une vision ascendante de l’économie divine, selon laquelle la loi naturelle conduit à la loi mosaïque, qui elle-même est accomplie et perfectionnée par la loi évangélique. Cette dernière, instaurée par le Christ, est la loi parfaite capable de conduire l’humanité à la soumission à Dieu, lui permettant de mépriser les biens éphémères par amour de la vérité et de la vie éternelle. La nature divine de cette loi est confirmée par les martyrs, qui ont préféré mourir plutôt que de renier la loi du Christ. Malgré trois cents ans de persécutions, le christianisme a pu se répandre et prospérer dans le monde entier.
Quand Gennadios déclara à Mehmed le Conquérant qu’il n’existait pas de loi plus parfaite que la loi évangélique, cela signifiait qu’il ne laissait aucune place à la loi ni aux enseignements du prophète de l’islam. Toutefois, il admit que parfois des personnes prétendent recevoir d’autres lois de la part de Dieu, ce qui est aussi permis par Dieu et dont la cause est expliquée dans l’enseignement évangélique.
Gennadios exprima tout cela de manière voilée afin de ne pas irriter son interlocuteur, citant l’enseignement du Christ selon lequel de faux prophètes apparaîtront pour induire les gens en erreur et éprouver la foi des chrétiens. C’est ce qu’il voulait dire en disant que cette cause (des faux prophètes) était inscrite dans l’enseignement évangélique, sans le dire explicitement, par souci de tact et de discernement, car les chrétiens étaient dans une position difficile et il cherchait à les protéger suite au grand massacre récent.
…À suivre dans la cinquième partie.
Traduction de l’article : Mystagogy
Une réflexion au sujet de « Les Pères de l’Église et l’islam | Partie 4 sur 4 | »