
Un matin, le père Épiphane Théodoropoulos conversait chez lui avec deux ou trois visiteurs. L’un d’eux était un athée convaincu et communiste. Soudain, quelqu’un entra précipitamment et les informa que la ville d’Athènes était recouverte de photographies de Mao Tsé-Toung, portant l’inscription : « Gloire au grand Mao ». C’était le jour de la mort du dictateur chinois.
Père Épiphane : C’est ainsi, mon enfant. Les athées n’existent pas. Il n’y a que des idolâtres, qui descendent le Christ de son trône pour y placer leurs propres idoles. Nous disons : «Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit». Eux disent : «Gloire au grand Mao». À chacun de choisir à qui il veut rendre gloire.
L’athée : Toi aussi, cher père, tu prends ta drogue. La seule différence, c’est que tu l’appelles Christ, d’autres l’appellent Allah, ou Bouddha, etc.
Père Épiphane : Mon enfant, le Christ n’est pas une drogue. Le Christ est le Créateur de tout l’univers. C’est Lui qui gouverne toute chose avec sagesse, depuis l’infinité des galaxies jusqu’aux particules les plus infimes du microcosme. C’est Lui qui a donné la vie à chacun de nous. C’est Lui qui t’a fait venir en ce monde et t’a accordé une telle liberté, que tu peux même te permettre de douter de Lui, et même de Le renier.
L’athée : Cher père, tu as bien le droit de croire à tout cela. Mais cela ne veut pas dire que c’est vrai. As-tu une preuve ?
Père Épiphane : Tu penses que tout cela n’est qu’un conte de fées, n’est-ce pas ?
L’athée : Bien sûr.
Père Épiphane : Et toi, as-tu une preuve que c’est un conte de fées ? Peux-tu prouver que ce en quoi je crois est faux ?
L’athée : ………..
Père Épiphane : Tu n’as pas répondu, parce que tu n’as pas de preuves non plus. Cela signifie que tu crois que ce sont des contes de fées. Moi, je t’ai parlé de foi quand j’ai évoqué Dieu ; toi, en revanche, bien que tu rejettes ma croyance, au fond, tu crois en ton incrédulité, puisque tu ne peux pas non plus la prouver. Cependant, je dois te dire que ma foi ne sort pas de nulle part. Elle repose sur certains événements surnaturels qui la fondent.
L’athée : Un instant ! Puisqu’on parle de foi, que dirais-tu à des musulmans ou à des bouddhistes, par exemple ? Parce qu’eux aussi parlent de foi. Et eux aussi ont de hautes valeurs morales. Pourquoi ta foi serait-elle meilleure que la leur ?
Père Épiphane : Alors, selon toi, le critère de la vérité se juge à ta question ? Car la vérité est forcément unique ; il ne peut pas y avoir plusieurs vérités. La vraie question est donc : qui possède cette vérité ? Voilà ce qui importe. Il ne s’agit pas d’une foi meilleure ou moins bonne, mais de la seule foi véritable.
J’admets volontiers que d’autres croyances enseignent aussi des principes moraux. Mais, bien que l’enseignement moral du christianisme soit incomparablement supérieur, nous ne croyons pas au Christ simplement à cause de Sa morale, ni parce qu’Il a dit : «Aimez-vous les uns les autres», ni pour Ses paroles de paix, de justice, de liberté et d’égalité. Nous croyons au Christ parce que Sa venue sur terre a été accompagnée d’événements surnaturels, signes qu’Il est véritablement Dieu.
L’athée : Écoute, j’admets moi aussi que le Christ fut un grand philosophe et un grand révolutionnaire, mais de là à en faire un Dieu…
Père Épiphane : Mon cher enfant ! Tous les grands incrédules de l’Histoire se sont heurtés à ce point précis. L’arête qui est restée coincée dans leur gorge, qu’ils n’ont jamais pu avaler, c’est justement celle-là : que le Christ est aussi Dieu.
Beaucoup d’entre eux étaient prêts à dire à Dieu : « Ne dis à personne que Tu es Dieu incarné. Dis simplement que Tu es un homme ordinaire, et nous serons plus que prêts à Te diviniser. Pourquoi veux-Tu être un Dieu incarné, et non un homme divinisé ? Nous sommes prêts à Te glorifier, à Te proclamer le plus grand parmi les hommes, le plus saint, le plus éthique, le plus noble, l’inégalable, l’unique, l’irremplaçable. Cela ne Te suffit-il pas ? »
Le chef de file de ce chœur de négateurs, Ernest Renan, s’écrie à propos du Christ :
« Pendant des dizaines de milliers d’années, le monde s’élèvera grâce à Toi. » Et encore : « Tu es la pierre angulaire de l’humanité ; si Ton nom était arraché à ce monde, ce serait comme en briser les fondations. » Et aussi : « Les siècles proclameront que parmi les fils des hommes, jamais ne naquit quelqu’un qui puisse Te surpasser. » Mais là, Renan et ses semblables s’arrêtent net. Leur phrase suivante est : « Mais Dieu, Tu ne l’es pas ! »
Et ces pauvres malheureux ne perçoivent pas que tout cela constitue une tragédie indescriptible ! Leur dilemme est inéluctablement implacable : soit le Christ est un Dieu incarné, et dans ce cas, Il est véritablement, et seulement alors, le plus éthique, le plus saint et le plus noble personnage de l’humanité ; soit Il n’est pas un Dieu incarné, et dans ce cas, Il ne peut absolument pas être tout cela. En fait, si le Christ n’est pas Dieu, alors nous parlons de l’existence la plus horrible, la plus atroce et la plus méprisable de l’histoire de l’humanité.
L’athée : Qu’est-ce que tu viens de dire ?!
Père Épiphane : Exactement ce que tu viens d’entendre ! C’est peut-être une parole lourde à porter, mais elle est absolument vraie. Et je vais t’expliquer pourquoi. Dis-moi : que disaient d’eux-mêmes tous les véritables grands hommes ? Quelle opinion avaient-ils d’eux-mêmes ? Le plus sage des hommes, Socrate, a déclaré : «Je n’ai appris qu’une seule chose : que je ne sais rien.» Tous les grands personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament – d’Abraham et Moïse jusqu’à Jean-Baptiste et l’apôtre Paul – se sont qualifiés de «poussière et cendre», de «malheureux», de «monstres», et autres termes semblables. [1]
Et pourtant, chose étonnante, l’attitude de Jésus est tout l’inverse ! Et je dis « étonnante », car il aurait été naturel et logique qu’Il adopte la même attitude que les grands hommes qui L’ont précédé. En réalité, étant infiniment supérieur à tous les autres, Il aurait dû avoir une opinion encore plus basse et plus humble de Lui-même[2]. Éthiquement parfait comme aucun autre, Il aurait dû surpasser tous les hommes en autodénigrement et en humilité, depuis la création du monde jusqu’à la fin des temps.
Mais c’est exactement l’inverse que l’on constate !
D’abord, Il proclame qu’Il est sans péché : « Qui d’entre vous Me convaincra de péché ? » (Jean 8,46)
« Le prince de ce monde vient ; il n’a rien en Moi » (Jean 14,30).
Ensuite, Il prononce des paroles très élevées sur Lui-même :
« Je suis la lumière du monde » (Jean 8,12)
« Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14,6).
Mais au-delà de cela, Il exige une dévotion absolue à Sa personne. Il s’immisce même dans les relations les plus sacrés de l’homme et déclare : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi n’est pas digne de Moi. Et celui qui aime son fils ou sa fille plus que Moi n’est pas digne de Moi » (Matthieu 10,37).
« Je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, et entre la belle-fille et sa belle-mère » (Matthieu 10,35).
Il va même jusqu’à exiger de ses disciples une vie et une mort de martyre : « On vous livrera aux tribunaux, on vous flagellera dans les synagogues ; vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de Moi. Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. Vous serez haïs de tous à cause de Mon nom. Mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. Quiconque Me reniera devant les hommes, Je le renierai aussi. Celui qui aura perdu sa vie à cause de Moi la retrouvera » (Matthieu 10,17 et versets suivants).
Et maintenant, je te le demande : qui a déjà osé réclamer pour lui-même l’amour absolu des hommes, jusqu’à exiger qu’ils aillent jusqu’au sacrifice de leur propre vie ? Qui a déjà osé proclamer son entière innocence, sans aucun péché ? Qui a déjà pu dire : « Je suis la vérité » (Jean 14,6) ? Personne, jamais ! Seul un Dieu peut prononcer de telles paroles. Peux-tu imaginer ton Marx dire des choses pareilles ? On l’aurait pris pour un fou, et personne ne l’aurait suivi !
Réfléchis un instant : combien de personnes ont tout abandonné pour le Christ, jusqu’à offrir leur propre vie, parce qu’elles croyaient à la vérité de Ses paroles sur Lui-même ! Si Ses affirmations avaient été fausses, Jésus aurait été le personnage le plus méprisable de toute l’histoire, puisqu’Il aurait conduit une multitude à un sacrifice immense au nom d’un mensonge ! Quel simple homme – aussi grand, sage ou important soit-il – mériterait une offrande aussi totale, un tel don de vies humaines ? Eh bien ? Aucun ! À moins qu’il ne soit vraiment Dieu !
En d’autres termes, n’importe quel homme ordinaire qui oserait exiger un tel sacrifice de ses disciples serait le plus abject personnage que l’Histoire ait jamais connu. Or le Christ, Lui, l’a demandé… et Il l’a obtenu. Et malgré cela, même ceux qui rejettent Sa divinité Le reconnaissent comme le plus noble et le plus saint des hommes. Alors, soit ces négateurs sont totalement illogiques en qualifiant de « saint » Celui qui, s’Il n’était pas Dieu, serait le plus méprisable de tous, soit, pour éviter cette contradiction et rester cohérents, ils doivent admettre ceci : le Christ ne peut être à la fois le plus saint et le plus noble de l’humanité que s’Il est véritablement Dieu. Autrement, comme nous l’avons dit, Il serait le plus infâme des personnages, ayant causé le plus grand sacrifice de tous les temps… et tout cela au nom d’un mensonge.
Ainsi, paradoxalement, ce sont les propres négateurs de Sa divinité qui, par les éloges mêmes qu’ils Lui attribuent, finissent par démontrer qu’Il est réellement Dieu.
L’athée : Ce que tu viens de dire est vraiment impressionnant, mais ce ne sont que des spéculations. As-tu des faits historiques qui confirmeraient sa divinité ?
Père Épiphane : Je te l’ai dit dès le début : les preuves de Sa divinité sont les événements surnaturels qui se sont produits lorsqu’Il était sur la terre. Le Christ ne s’est pas contenté de proclamer les vérités dont j’ai parlé ; il a aussi confirmé ses paroles par des miracles. Il a fait voir les aveugles et marcher les paralytiques ; il a rassasié la faim de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec seulement deux poissons et cinq pains ; il a commandé aux éléments de la nature, et ils lui ont obéi ; il a ressuscité des morts, dont Lazare, quatre jours après son décès. Mais le plus stupéfiant de tous ses miracles, c’est sa propre résurrection.
C’est tout l’édifice du christianisme qui repose sur cet événement. Et ce n’est pas une opinion personnelle : l’apôtre Paul l’a dit clairement : “Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine” (1 Corinthiens 15,17). Si le Christ n’est pas ressuscité, tout s’effondre. Mais Il est ressuscité, ce qui prouve qu’Il est le Maître de la vie et de la mort, donc Dieu Lui-même.
L’athée : As-tu vu tout cela de tes propres yeux ? Comment peux-tu y croire ?
Père Épiphane : Non, je n’ai rien vu de tout ça, mais d’autres l’ont vu : les apôtres. Ils l’ont ensuite fait savoir à d’autres, et ils ont littéralement « signé » leur témoignage de leur propre sang. Et, comme tout le monde le reconnaît, un témoignage scellé par sa vie est la forme suprême de témoignage.
Alors, amène-moi quelqu’un qui me dira que Marx est mort et ressuscité, et qui sera prêt à sacrifier sa vie pour affirmer ce fait. Moi, en homme honnête, je le croirai.
Athée : Je vais te répondre. Des milliers de communistes ont été torturés et sont morts pour leur idéologie. Pourquoi n’embrasses-tu pas le communisme de la même manière ?
Père Épiphane : Tu l’as toi-même précisé : les communistes sont morts pour leur idéologie. Pas pour des faits réels. Une idéologie laisse toujours une large place à l’illusion et à l’erreur. Et comme il est naturel à l’âme humaine de se sacrifier pour ce qu’elle croit vrai, cela explique que tant de communistes soient morts pour leurs idées. Mais cela n’oblige personne à admettre que cette idéologie est vraie.
Mourir pour des idées, c’est une chose ; mourir pour des événements, c’en est une autre. Les apôtres ne sont pas morts pour des idées. Pas même pour le « Aimez-vous les uns les autres » ou pour d’autres enseignements moraux du christianisme. Les apôtres sont morts pour leur témoignage d’événements surnaturels. Et quand on parle d’« événement », on parle de ce qui est perçu par nos sens physiques et compris à travers eux.
Les apôtres ont souffert le martyre pour « ce qu’ils ont entendu », « ce qu’ils ont vu de leurs propres yeux », « ce qu’ils ont observé et que leurs mains ont touché » (1 Jean 1).[3]
Comme dans la célèbre réflexion de Pascal, disons qu’une des trois choses suivantes est arrivée aux apôtres : soit ils ont été trompés, soit ils nous ont trompés, soit ils nous ont dit la vérité.
Commençons par la première. Pouvaient-ils être trompés ? Impossible. Car tout ce qu’ils rapportent ne leur a pas été raconté par d’autres : ils en ont été eux-mêmes témoins oculaires et auditifs. Et aucun d’eux n’avait une imagination fertile ou une prédisposition psychologique à inventer la Résurrection. C’était tout l’inverse : ils étaient d’une méfiance extrême. Les Évangiles sont très clairs sur leur état d’esprit : ils ont eu du mal à croire même ceux qui affirmaient avoir vu le Christ ressuscité.[4]
Et autre chose encore : qui étaient les Apôtres avant d’être appelés par le Christ ? Étaient-ils des politiciens ambitieux ou des visionnaires de systèmes philosophiques ou sociaux, avides de conquérir l’humanité pour satisfaire leurs fantasmes ? Pas du tout. C’étaient des pêcheurs illettrés. Leur seul souci était de pêcher quelques poissons pour nourrir leurs familles. C’est pourquoi, même après la crucifixion du Seigneur, malgré tout ce qu’ils avaient entendu et vu, ils sont retournés à leurs barques et à leurs filets. En d’autres termes, il n’y avait chez ces hommes aucune prédisposition pour ce qui allait suivre. Ce n’est qu’après le jour de la Pentecôte, « lorsqu’ils reçurent une force d’en haut », qu’ils sont devenus les enseignants du monde.
Deuxième hypothèse : nous ont-ils trompés ? Ont-ils menti ? Mais alors, pourquoi nous auraient-ils trompés ? Qu’auraient-ils gagné à mentir ? De l’argent ? Un statut ? De la gloire ? Quand on ment, c’est qu’on espère un gain quelconque. Or, les apôtres, en prêchant le Christ – et plus précisément le Christ crucifié et ressuscité – n’ont récolté pour eux-mêmes que des épreuves : labeurs, flagellations, lapidations, naufrages, faim, soif, nudité, attaques de brigands, coups, emprisonnements et, finalement, la mort. Tout cela pour un mensonge ? Il serait totalement insensé de seulement y penser.
Ainsi, les Apôtres n’ont été ni trompés, ni trompeurs. Il ne reste qu’une seule conclusion : ils nous ont dit la vérité.
Je dois aussi souligner autre chose : les évangélistes sont les seuls à avoir rapporté de vrais événements historiques. Ils décrivent les événements, et rien que les événements. Ils ne portent aucun jugement personnel. Ils ne font l’éloge de personne, et ne critiquent personne. Ils n’essaient ni d’exagérer un événement, ni d’en minimiser ou d’en supprimer un autre. Ils laissent les événements parler d’eux-mêmes.
L’athée : Et si, dans le cas du Christ, il s’agissait simplement d’une mort apparente ? L’autre jour, les journaux parlaient d’un homme en Inde qu’on a enterré et qui, trois jours plus tard, a été exhumé et était encore vivant.
Père Épiphane : Mon pauvre enfant ! Je vais rappeler les mots du Bienheureux Augustin : «Ô vous les incrédules, vous n’êtes pas vraiment méfiants ; en vérité, vous êtes les plus crédules de tous ! Vous acceptez les choses les plus improbables, les plus irrationnelles, les plus contradictoires, pourvu que cela vous permette de nier un miracle !»
Non, mon enfant, il ne s’agissait pas d’une mort apparente pour le Christ. D’abord, nous avons le témoignage du centurion romain, qui a assuré à Pilate que la mort du Christ était certaine. Ensuite, notre Évangile nous informe que le jour même de sa Résurrection, le Seigneur a été vu en train de discuter avec deux de ses disciples, en chemin vers Emmaüs, à plus de dix kilomètres de Jérusalem.
Peux-tu imaginer quelqu’un qui, après avoir enduré toutes les tortures subies par le Christ, trois jours après une soi-disant « mort apparente », se remettrait à marcher comme si de rien n’était ? Au mieux, il faudrait lui donner de la soupe au poulet pendant quarante jours pour qu’il puisse seulement ouvrir les yeux, sans parler de marcher et discuter comme si rien ne s’était passé !
Quant à ton Indien, amène-le donc ici pour qu’il soit flagellé à coups de fouet – sais-tu ce qu’est un fouet romain ? C’est une lanière dont chaque extrémité est garnie de plomb, d’os pointus ou de clous tranchants –, amène-le, qu’on le flagelle, qu’on lui enfonce une couronne d’épines sur la tête, qu’on le crucifie, qu’on lui donne du fiel et du vinaigre à boire, qu’on lui perce le flanc avec une lance, qu’on le mette dans un tombeau, et ensuite, s’il revient d’entre les morts, là, on pourra discuter.
Athée : Admettons, mais tous les témoignages que tu cites viennent des disciples du Christ. Y a-t-il un témoignage sur ce sujet qui ne vienne pas de leur cercle ? Des historiens, par exemple, qui pourraient certifier la Résurrection du Christ ? Si c’est le cas, alors je croirai ce que tu dis.
Père Épiphane : Mon pauvre enfant, tu ne réalises pas ce que tu demandes ! S’il y avait eu des historiens ayant vu de leurs propres yeux le Christ ressuscité, ils auraient été contraints de croire en Sa Résurrection et l’auraient consignée en tant que croyants. Et toi, tu aurais rejeté leur témoignage tout comme tu rejettes celui de Pierre, de Jean et des autres. Comment quelqu’un pourrait-il voir de ses yeux la Résurrection et ne pas devenir chrétien ? Tu me demandes un poulet rôti, embroché sur une baguette de cire, et qui chante en plus ! C’est tout simplement impossible !
Mais puisque tu parles d’historiens, je te rappellerai ce que j’ai déjà dit : les seuls véritables historiens sont les Apôtres, eux qui ont relaté les faits sans fard.
Cela dit, nous avons tout de même un témoignage du genre que tu souhaites : celui de Paul. Paul n’était pas un disciple du Christ ; au contraire, il persécutait férocement l’Église. Et pourtant, après avoir été témoin du Ressuscité, il a tout abandonné pour Lui. »
Athée : On raconte que Paul a eu une insolation et que ses visions n’étaient que des hallucinations.
Père Épiphane : Mon enfant, si Paul avait eu une hallucination, ce qui serait remonté à la surface, c’est son subconscient. Et dans le subconscient de Paul, ce n’étaient pas Jésus et Ses disciples qui occupaient la première place, mais Abraham, Jacob, Moïse et les prophètes. Il les considérait comme les grands de la foi. Quant à Jésus, pour lui, Il était un agitateur, un imposteur. Alors, s’il avait halluciné, il aurait vu Abraham ou Moïse, pas Jésus-Christ qu’il méprisait.
Peux-tu imaginer une vieille grand-mère pieuse, dans un rêve ou en plein délire, voir apparaître Bouddha ou Zeus ? Non, elle verrait plutôt saint Nicolas ou sainte Barbe, parce qu’elle croit en eux.
Une chose encore. Comme le note Papini, avec Paul, nous avons les phénomènes miraculeux suivants : d’abord, la soudaineté de sa conversion. D’incrédule à croyant, sans étape préparatoire intermédiaire. Ensuite, la fermeté de sa foi : aucun vacillement, aucun doute. Enfin, sa foi a duré toute sa vie. Crois-tu que tout cela puisse résulter d’une insolation ? Cela ne peut en aucun cas être attribué à une telle cause. Si tu peux expliquer comment, fais-le. Si tu ne peux pas, alors tu dois reconnaître le miracle. Et sache que, pour son époque, Paul était exceptionnellement cultivé. Ce n’était pas un homme ordinaire, sans instruction.
J’ajoute encore ceci : aujourd’hui, mon enfant, nous vivons un miracle visible, celui de l’Église du Christ. Lorsque le Seigneur a dit : «Les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre Elle» (Matthieu 16,18), Ses disciples étaient une poignée. Depuis, près de deux mille ans se sont écoulés. Des empires ont disparu, des systèmes philosophiques se sont éteints, des idéologies mondiales se sont effondrées… mais l’Église demeure, indestructible, malgré des persécutions incessantes et sanglantes. N’est-ce pas un miracle ?
Et un autre signe : dans l’Évangile selon saint Luc, il est écrit qu’après l’Annonciation, lorsque la Mère de Dieu rendit visite à Élisabeth, celle-ci la salua en disant : «Tu es bénie entre toutes les femmes». Et Marie répondit : «Mon âme magnifie le Seigneur… voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse» (Luc 1,48). Mais à cette époque, qui était-elle ? Une simple fille obscure de Nazareth. Qui la connaissait ? Et pourtant, depuis ce jour, des impératrices ont été oubliées, des noms de femmes illustres effacés, les mères et les épouses de grands généraux sont tombées dans l’oubli. Qui connaît encore aujourd’hui la mère de Napoléon, ou celle d’Alexandre le Grand ? Presque personne. Mais des millions de lèvres, à travers les siècles et sur toute la surface de la terre, vénèrent cette humble fille de Nazareth, «plus honorable que les Chérubins et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins». Ne vivons-nous pas, nous qui sommes du XXe siècle, la réalisation visible de cette prophétie ?
Il en va de même pour une autre prophétie, secondaire en apparence, du Christ. Alors qu’Il se trouvait chez Simon le lépreux, une femme vint et versa sur Sa tête un parfum de grand prix. Et Jésus déclara : «En vérité, là où cet Évangile sera prêché dans le monde entier, on racontera aussi ce qu’a fait cette femme, en mémoire d’elle» (Matthieu 26,13). Dis-moi, combien de disciples avaient-ils alors, pour qu’on puisse imaginer qu’ils aient tout fait pour que cette prophétie se réalise ? Et surtout, une prophétie qui, selon les critères du monde, semble de si peu d’importance !
Sont-ce des miracles, ou non ? Si tu peux les expliquer autrement, fais-le. Sinon, reconnais-les comme tels.
L’athée : Je dois reconnaître que tes arguments sont solides. Mais laisse-moi te demander une dernière chose. Ne penses-tu pas que le Christ a laissé son œuvre inachevée ? Sauf s’Il nous a abandonnés. J’ai du mal à concevoir un Dieu indifférent à la souffrance humaine. Nous peinons ici-bas, tandis que Lui reste là-haut, apparemment sans se soucier de nous.
Père Épiphane : Non, mon enfant, tu te trompes. Le Christ n’a rien laissé inachevé. Au contraire, Il est le seul dans toute l’histoire à avoir eu la certitude que Sa mission était accomplie, qu’il ne restait rien à dire ni à faire.
Même le plus grand des philosophes, Socrate, qui a enseigné et débattu toute sa vie, et qui, à la fin, a composé sa célèbre Apologie, aurait eu encore mille choses à dire s’il avait vécu plus longtemps.
Seul le Christ, en l’espace de trois ans, a enseigné ce qu’il devait enseigner, a fait ce qu’il devait faire, et a fini par dire (sur la croix) : « Tout est accompli. » Un autre exemple de sa perfection et de son autorité divines.
Quant à l’abandon dont tu parles, je comprends ton inquiétude. Sans le Christ, le monde serait un théâtre d’absurdité. Sans le Christ, tu ne peux rien expliquer : pourquoi les chagrins, pourquoi les injustices, pourquoi les échecs, pourquoi les maladies, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Des milliers de « pourquoi » monumentaux.
Mais comprends bien : l’homme ne peut pas aborder tous ces « pourquoi » avec sa logique limitée. C’est seulement à travers le Christ que tout peut être expliqué. Toutes ces épreuves nous préparent simplement pour l’éternité. Peut-être alors serons-nous honorés par le Seigneur d’une réponse à certains de ces « pourquoi ».
Il pourrait être utile que je te lise un beau poème (*) de la collection Lauriers et Myrtes de Constantin Kallinikos, intitulé « Questions » :
J’ai interrogé un ancien du désert, âgé de soixante-dix ans,
dont les cheveux d’argent étaient balayés par le vent :
Dis-moi, ô père, pourquoi, en ce monde,
la lumière et l’ombre avancent-elles inséparables ?
Pourquoi, comme deux jumeaux, poussent ensemble l’épine et la rose, la larme et le sourire ?
Pourquoi, dans le plus beau recoin de la forêt verte, des scorpions et des vipères cachent-ils leurs nids ?
Pourquoi le tendre bourgeon,
avant d’éclore en une fleur parfumée,
doit-il être frappé par un ver au cœur de sa tige,
et laissé à mourir, comme un haillon flétri ?Pourquoi faut-il que la charrue, la semence et les mains soient le prix pour que le blé devienne notre pain ?
Pourquoi tout ce qui est utile, noble, divin,
doit-il toujours s’acheter au prix des larmes et du sang,
tandis que l’égoïsme règne sans frein,
et que l’impureté dévore le monde ?
Et pourquoi, au milieu de tant d’harmonie,
le tumulte et le désordre trouvent-ils encore leur chemin ?
Alors l’ermite répondit, d’une voix grave,
levant son bras vers le ciel :
Là-haut, par-delà ces nuages d’or,
le Tout-Puissant tisse une tapisserie divine.
Mais nous, pauvres voyageurs de la terre,
n’en voyons que l’envers, les nœuds et les fils emmêlés.
Il n’est pas étonnant que notre esprit se trompe,
quand il devrait se contenter de remercier et de louer.
Car viendra le jour où tous les chrétiens,
leurs âmes ailées s’envolant dans les cieux,
contempleront enfin la tapisserie d’en haut,
et verront combien tout fut agencé avec soin et sagesse.
Mon enfant, le Christ ne nous a jamais abandonnés. Il demeure pour toujours avec nous, en aide et en soutien, jusqu’à la fin des temps. Mais tu ne le comprendras vraiment que lorsque tu deviendras un membre vivant de Son Église, et que tu seras uni à Elle par Ses saints Mystères.
* Ce poème est une traduction libre, davantage centrée sur le sens que sur la stricte fidélité aux mots.
NOTES :
[1] Dans l’histoire sainte, nous voyons Abraham se considérer comme « terre et cendre » (Genèse 18:27). Job également (42:6). Le grand Moïse hésite à accepter la mission de libérer les Israélites d’Égypte, se jugeant trop petit et inapte à une telle tâche : « Et Moïse dit à Dieu : “Qui suis-je pour aller vers Pharaon, roi d’Égypte ?… Je ne suis pas capable… j’ai la voix faible et la langue lourde.” » (Exode 3:11, 4:10). Plus tard, le juge Gédéon s’exclame : « Mon Seigneur, comment pourrais-je sauver Israël ?… je suis le plus jeune de la maison de mon père… » (Juges 6:15). David se nomme lui-même « un chien mort, une vermine » (1 Samuel 24:15), « un ver et non un homme, l’opprobre des hommes et le mépris du peuple » (Psaume 21:7). Isaïe s’écrie : « Malheur à moi, misérable que je suis, car je suis perdu, moi, homme aux lèvres impures vivant parmi un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur Sabaoth ! » (Isaïe 6:5). Jérémie se lamente : « Ah, Seigneur Éternel, je ne sais pas parler, car je suis un enfant… Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri ; sauve-moi et je serai sauvé, car tu es ma gloire. » (Jérémie 1:6, 17:14). Les trois jeunes hommes confessent pour eux et tout le peuple : « Nous avons péché et transgressé la loi en nous éloignant de Toi, et nous sommes pécheurs en tout, n’ayant pas obéi à tes commandements… avec une âme contrite et un esprit humilié, puissions-nous être reçus par Toi… » (Daniel 3:56, 3:16).
Jean-Baptiste, « le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme », déclare : « Je ne suis pas le Christ. » Et quand on l’interroge : « Es-tu Élie ? » – « Je ne le suis pas. » – « Es-tu le prophète ? » – « Non. » – « Je ne suis qu’une voix criant dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur… je ne suis pas digne de délier même la courroie de Sa sandale. » (Jean 1:20). Enfin, l’unique et incomparable Paul se considère comme un « avorton », indigne « d’être appelé apôtre », un « homme misérable », « le premier des pécheurs » (1 Corinthiens 15:8-9, Romains 7:24, 1 Timothée 1:15). Mais arrêtons-nous là.
[2] Selon la règle : « Plus tu es grand, plus tu dois t’humilier » (Siracide 3:18).
[3] C’est ce que souligne l’Évangile de Jean : « Celui qui a vu a rendu témoignage » (Jean 19:35) ; autrement dit, celui qui écrit ces choses est celui qui a vu le soldat percer le côté du Christ et le sang et l’eau en jaillir.
[4] « Ils hésitèrent à se prosterner devant Lui » (Matthieu 28:17). « Et eux (les apôtres), entendant qu’Il était vivant et avait été vu par elle (Marie-Madeleine), ne crurent pas » (Marc 16:13). « Il les blâma pour leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui L’avaient vu ressuscité » (Marc 16:14). « Ces paroles leur parurent du délire, et ils ne crurent pas » (Luc 24:11). « Nous espérions que c’était Lui qui allait délivrer Israël » (Luc 24:21). « Si je ne vois pas dans Ses mains la marque des clous, si je n’y mets pas mon doigt, si je ne mets pas ma main dans Son côté, je ne croirai pas » (Jean 20:25), dit Thomas l’Incrédule.
Source : Traduction de l’article Mystagogy
Magnifique démonstration et article sur l’existence de Dieu et la foi. Après relecture, on en sort transformé.🙏🙂
J’aimeAimé par 1 personne